Suivez Nous

Humour Adama Dahico passe aux aveux

Didier Kore | | Théâtre

-

Au cours d’un échange que nous avons eu avec le concepteur du «Dôrômikan», devenu depuis cinq années Directeur d’un festival de rire à Abidjan, Adama Dahico a bien voulu se prononcer sur un certain nombre de sujets que nous lui avons suggérés. Découvrez l’artiste !

Le parcours du comédien Adama Dahico

Mon parcours est un véritable chemin. Tout a débuté depuis l’école primaire et le collège. Comme tout bon gamin, l’on aimait raconter des histoires drôles à la récréation. Déjà, cette fibre artistique se dégageait au niveau des enseignants. Ce qui a valu ma participation à chaque représentation théâtrale et de poésie de fin d’année dans les établissements que je fréquentais. Après ma classe de seconde, j’ai décidé d’entrer à l’Institut national des arts (INA, aujourd’hui devenu INSAAC). Malheureusement, je n’ai pas pu être admis au concours d’entrée. Je ne me suis pas pour autant découragé. Je me suis formé sur le tard. Bien heureusement, j’ai pu rencontrer des professionnels tels que Sidiki Bakaba, Séri Albert Camen, mon premier professeur de théâtre. Il avait une troupe de théâtre à Abobo (banlieue abidjanaise). C’est là-bas que j’ai eu ma base. Avec Sidiki Bakaba, on a monté «Les rigolos d’Abobo» avec Oméga David, Vieux Dosso, Decothey et bien d’autres. Bien avant l’émission « Allocodrôme » (diffusée sur la radio ivoirienne Fréquence 2, ndlr), j’animais l’émission «Inter jeune, deux millions de jeunes» avec EKF et Georges Osseï où je racontais des histoires drôles à mes débuts radiophoniques. Lorsque Tonton Bouba m’a fait appel pour son émission sur Fréquence 2, j’ai fait venir mes amis de la troupe «Les rigolos d’Abobo». C’est grâce à cette lucarne à nous offerte que le concept «Dôrômikan» est né. Côté théâtral, avec Sidiki Bakaba, on a pu monter des spectacles tels «Le Trou», «L’empereur Jones», etc. Tout cela m’a forgé une personnalité qui me permettait de faire des animations, présenter des spectacles et bien d’autres choses. Grâce à Dieu aujourd’hui je fais des chroniques dans certains journaux de la place. Et par la suite, j’ai pu publier deux livres. Dans la vie, il faut aimer et avoir foi en ce qu’on fait.

Sa rencontre avec le président Gbagbo

(Rires). Quand vous êtes croyant, on peut tout de suite dire que c’est une grâce de Dieu. L’on a toujours prié pour croiser sur son chemin des personnes de bonne volonté qui puissent vous aider et vous soutenir. Honnêtement, il faut reconnaître qu’il y a longtemps que je travaille avec Sidiki Bakaba qui est un ami du président Laurent Gbagbo. À l’époque, quand nous faisions nos pièces de théâtre, nous avions des textes un peu durs. Ce monsieur savait qu’il y avait un jeune comédien qui travaillait avec Sidiki Bakaba, mais il ne m’avait jamais rencontré.

L’anecdote de leur rencontre

Savez-vous pourquoi j’admire beaucoup les femmes ? Dieu a donné un pouvoir aux femmes, et il appartient à l’homme de savoir les amadouer pour qu’elles lui cèdent une partie de ce pouvoir-là. Tout est parti de Yamoussoukro, à l’occasion de la Journée internationale de la femme. Avant l’arrivée du président de la République sur le lieu de la cérémonie, il était question que moi Dahico, je prenne le micro sous le chaud soleil pour entretenir les dames. Et je l’ai réussi pendant plus d’une heure. Lorsque le président est arrivé, le maître de cérémonie a annoncé un autre artiste pour souhaiter quand même un akwaba au président. Les femmes, à l’unisson, ont dit qu’il n’en était pas question. Elles se sont mises à crier «On veut Dahico !» Et le président, comme vous le connaissez, a dit : «Mais, faites-le venir !». Cela s’est déroulé quelque mois seulement après son accession au pouvoir. C’est alors que je suis revenu en scène, que je l’ai fait rire ; j’ai même réalisé un sketch qu’il a beaucoup aimé et dont il s’est lui-même porté garant pour sa mise en scène enregistrée sur un support qu’il m’a recommandé de lui apporter en personne à sa résidence. Honnêtement, voilà comment tout est parti. En sa présence, je lui ai dit : «M. le président, en votre absence, j’ai dit à ces dames que vous êtes mon ami. Vrai ou faux !» Et il a répondu : «vrai». Depuis ce jour, lui et moi, nous nous appelons collègue…

Sa naturalisation

Ma préoccupation majeure depuis que je suis en Côte d’Ivoire était d’avoir la nationalité ivoirienne. Je suis d’origine malienne. Mes parents sont arrivés en Côte d’Ivoire avant les indépendances, et ils n’ont pas pu se faire naturaliser. Je me suis dit que cela n’était pas normal. Je suis né ici, j’ai grandi ici et il est tout à fait normal pour moi de me faire naturaliser. J’en ai fait cas au président qui est un homme de droit. Il m’a ramené à Madame Sarata Ottro Zirignon qui m’a indiqué la voie à suivre. Mes papiers ont aussitôt suivi le circuit approprié. Une fois à son niveau, il a signé le décret nous naturalisant ivoiriens ma famille et moi.

L’engagement de ses textes

Nous avons la possibilité de regarder les chaînes étrangères aujourd’hui. Les Guignols en France sont très engagés. Les Guignols tapent sur les hommes politiques. On a également vu comment Sarkozy, Ségolène et Chirac étaient caricaturés pendant les élections. Je crois que c’est cela le rôle d’un artiste dans une société. Moi, j’ai décidé de faire l’humour sociopolitique. L’humour c’est le quotidien, c’est l’actualité de tous les jours. Je suis en quête permanente de la performance. Cela demande une très grande culture générale.

Son festival

Le Festival international du rire d’Abidjan que j’ai initié depuis 2003 vient à point nommé, au moment où la Côte d’Ivoire en a vraiment besoin. En temps qu’humoriste, je ne pouvais que réunir tous mes amis pour leur dire de faire un spectacle qui permettrait aux Ivoiriens d’oublier un temps soit peu les affres de la guerre. Depuis, ça a marché ! L’on a vu «Maquis Dôrômikan» chez Dahico. Depuis ce temps, les spectacles sont réguliers au Palais de la Culture d’Abidjan. Les humoristes ont conscience du travail bien fait. Beaucoup d’hommes de théâtre font aujourd’hui de l’humour. Cette année nous invitons des humoristes originaires de cinq pays d’Afrique que sont le Sénégal, le Burkina Faso, la Guinée Conakry, le Gabon et le Bénin. Nous avons aussi un compatriote ivoirien du nom de Adépoju, qui lui, vient de la France. Le thème choisi cette année est : «L’utilisation des humoristes dans les médias». Ce sera l’occasion pour nous de rendre hommage aux producteurs d’émissions télé et radio qui ont permis aux humoristes de se faire connaître. Et la 5ème édition de ce festival, dont le but est de donner du travail aux jeunes qui ont du talent à revendre, se tiendra du 4 au 9 septembre prochains au Palais de la Culture d’Abidjan.