Suivez Nous

BELLO ELISABETH : COMEDIENNE SANS FRONTIERE

Zacharie Acafou | | Théâtre

-

Elisabeth Osseini familièrement connu sous le nom de Bello est de ces rares artistes qui ont charismatiquement marqué le paysage aussi bien cinématographique que théâtral en Côte d’ Ivoire. Tour à tour comédienne, metteur en scène, dramaturge, réalisatrice, scénariste, elle n’a eu de cesse d’écumer depuis les années 80, les planches de plusieurs scènes de théâtre en Côte d’ Ivoire. Les personnages timides, parfois vifs ou gais qu’elle incarnait dans des téléfilms ivoiriens cultes tels que Faut Pas Fâcher lui ont non seulement valu la reconnaissance du public mais aussi permis son entrée dans le cercle très fermé du Cinéma africain même si celui-ci encore mal organisé, reste exposé à l’ostracisme des pays occidentaux…

Désormais installée en France où elle suit des cours de réalisation , infatigable perfection oblige, Bello a dépuis son arrivée mis en scène quelques pièces de théâtre et produit plusieurs films africains dont « les Doubleuses » en 2003 , Galère 1et 2 en 2005 et ses tous derniers prévus pour ce début d’année que sont « Ahou » et Mangement Talakuta » Des titres pour les moins biscornus que l’artiste s’empresse d’expliquer : <<Ahou, c’est l’histoire simple d’une jeune fille orpheline qui décide après plusieurs années de retourner en Côte d’Ivoire retrouver son père. Les obstacles et autres difficultés imprévisibles de la vie constitueront en effet, les ingrédients de ce film. Quant à l’autre, (Mangement Talakuta) il traite d’une belle mère africaine qui supporte difficilement la présence de sa belle fille blanche et qui décide, en utilisant tous les moyens en sa possession, de l’éliminer…physiquement.>> résume t-elle.

La déferlante productivité quasi-quotidienne des films africains en europe ou en Afrique peut-elle nuire à l’émergence du vrai Cinéma africain?. Non, répond la comédienne peu avare dans ces dires <<c’est plutôt une révolution pour moi de savoir que les africains s’intéressent de plus en plus au cinéma. On peut même constater en Côte d’ Ivoire tous ces téléfilms qui sortent chaque jour . Ils ne sont pas toujours bien réalisés, les mises en scènes ne sont pas toujours bien faites mais je pense que tout cela va progresser au fil des années. Nous avons de très bons réalisateurs en Côte d’Ivoire, je pense à Cissé Mohamed Lamine qui, lorsque je l’observais me donnait cette grande envie d’être réalisatrice. Il y’ a aussi une jeune réalisatrice très courageuse que j’admire beaucoup ici en France qui est Nolda Massamba et que je considère comme un exemple. Tu sais, on apprend beaucoup sur le tas en Côte D’ Ivoire comme cela a été mon cas même si aujourd’hui je me perfectionne à travers une école spécialisée. Quand on fait ce métier en Afrique, je pense qu’il faut d’abord avoir une grande passion pour ce qu’on fait et beaucoup de courage. Quand je faisait Faut Pas Fâcher, on me payait 10.000 francs cfa mais rien ne pouvais m’empêcher d’arrêter car j’adorais ce que je faisais. On a même encore aujourd’hui des comédiens qui vivent dans la galère totale sans que le gouvernement ne leur vienne en aide. Donc si les africains ont ce courage de réaliser des films, je trouve ça formidable. Nous avons en France des milliers de réalisateurs, alors pourquoi pas en Côte d’ Ivoire>>.

Et si la bonne organisation des comédiens ivoiriens de France était l’une des solutions à l’émergence d’un cinéma fort et moderne. Sur cette question l’artiste cache péniblement son amertume. << Nous avons essayé de nous mettre ensemble et travailler mais cela n’est pas du tout évident avec mes amis comédiens.Par fierté ou par orgueil ,je pense que les comédiens refusent de travailler avec vous. Dans mes tous premiers films je n’ai pas hésité à appeler mes amis comédiens pour qu’on tourne ensemble. Combien sont venus? Ils vous regardent et se disent probablement ce n’est pas la petite Bello qui va me fera jouer dans son film.Quand je tournais « Galère » j’ai fais appel à Eléonore qui n’est pas venu, Kpassagnon aussi a décliné certaines de mes invitations sur des films comme « LE BOSS » ou il devait être l’acteur principal ..Avant de s’organiser je pense qu’il faut d’abord installer une parfaite entente entre nous.>>

Point de ressentiments pourtant. En artiste expérimentée, Bello continue son chemin dans le monde dur et périlleux du Cinéma et du théâtre. Son festival de danse , de musique et de théâtre FESTIFEE qu’elle a initié en Côte d’Ivoire fera son triomphal retour en avril 2010. La Côte d’ Ivoire abritera à cette occasion les meilleurs spectacles du monde. Et l’indéniable talent de l’artiste de nous confirmer cette réussite…d’avance.