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Black Céleste et l’afro blues n’doloh

Raymond Alex Loukou | | Musique

Black Céleste est artiste-musicien ivoirien résidant en Belgique. Découvert par le grand public en 2010, celui qui se veut le l’ initiateur, le précurseur et le promoteur de l’ afro blues n’ doloh, un genre musical puisé dans son patrimoine culturel est un partisan de la world music. Fidèle à son identité musicale, il ne ferme pas pour autant aux influences extérieures, bien au contraire cela bonifie son style , soutient-il. Depuis sa Belgique adoptive, il fait un clin d’ œil aux ivoiriens et les invite à s’ approprier le  » radical blues « , l’autre nom de l’ afro blues n’ doloh. Entretien.

Qui est Black Céleste ?
  
Je suis un jeune ivoirien. Mes  ancêtres d’ origine ghanéenne  ont immigrés en Côte d’ Ivoire il y a de cela très longtemps. Je suis artiste pluridimensionnel. Je suis à la fois peintre, sculpteur et musicien. J’ ai fait des études aux Beaux- Arts d’ Abidjan dans les années 80. Je me définis comme un chercheur en musique africaine. Le style de musique que je pratique est l’ afro blues n’ doloh que je nomme souvent le  » radical blues « . Je tire mon inspiration du peuple akan pour faire émerger ce genre musical.


Nous vous avons découvert en 2010 à l’ occasion d’ une soirée culturelle au Centre Culturel Allemand. Et depuis plus de nouvelles de vous alors que le public a été séduit par votre style musical. Que s’ est-il passé ?

C’ est  vrai qu’ en 2010 au Centre Culturel Allemand j’ ai eu la chance de rencontrer  un monsieur  très sympathique en la personne de Souleymane Oulaï  qui m’a permis de présenter mon oeuvre au grand public. J’ ai moi aussi été agréablement surpris ce soir-là de voir que le public ivoirien très habitué aux musiques urbaines d’ ordinaires très bruyantes a apprécié mon style. J’ ai eu droit à de nombreuses félicitations et encouragements. Certains m’ ont même avoué que mon style fera un tabac en Europe et aux Etats-Unis. Sur les conseils avisés de   Souleymane Oulaï j’ ai dû prendre la route de l’ Europe pour faire connaître ma musique et aussi faire d’ autres rencontres musicales enrichissantes. Aujourd’ hui installé en Belgique, je poursuis mon objectif c’est-à-dire celui de faire la promotion de l’ afro blues n’ doloh. Ma rencontre avec le grand esprit et connaisseur de musique qu’ est Souleymane Oulaï a été des plus bénéfiques.

Comment définissez-vous l’ afro blues n’ doloh ?

Je le définis comme une musique du monde. C’ est la fusion de la musique africaine au blues  et  au jazz américain. Je l’ ai  appelé afro blues n’ doloh où  » radical blues « . Vous savez la musique est un rêve, une grande aventure qui se vit. J’ ai suivi mon instinct et je vis cette musique passionnément. Ce genre tire sa source dans la tradition de mes ancêtres. Vous savez le  » n’ doloh  » est un genre musical qui sejouait lors des veillées funéraires. C’ est une musique orchestrée basée sur des percussions et les claquettes appelées  » kpakpa  »  qui ici représente le métronome, la barre de fer  qui crée le lien entre  l’invisible et la matière (mystique).  Puis viennent les voix qui certes ne rivalisent pas avec celles des chorales mais  qui ont une expression  particulière qui vous transportent. Je me suis fondé sur le  » n’ doloh  » pour créer mon esthétique musicale.


N’ avez-vous pas peur que cette musique perde de son authenticité avec de nouveaux apports ?

Je voudrais que vous compreniez ceci :  l’authenticité  d’un genre musical part de sa  philosophie.voire de son caractère  spirituel. Ensuite vient le support (base rythmique). Voilà l’authenticité du n’doloh  traditionnel basée  sur deux tambours appelés  » apeidrin  » et  » pétémé « . Le premier  est le ténor et l’autre l’ alto. Le  » kpakpa  »  représentant  le métronome  imprime le tempo du morceau. Il y a  la barre de fer qui elle, crée le lien mystique. On utilise aussi l’ harmonica pour créer la mélancolie qui soutient  les voix qui racontant les vécus ancestraux, faisant les éloges de nos plus grands guerriers d’antan. En y ajoutant la guitare et la batterie,  » le n’doloh  » reste toujours dans son berceau. Tout ce qui s’ y ajouter ne sont que des variations. Je demeure donc dans la philosophie de l’ afro blues n’ doloh.


 Etes-vous d’ avis avec ceux qui pensent que toute musique doit se nourrir d’ influence extérieure ?

Je pense que c’est une option mais pas forcément une obligation. La musique d’un peuple est le symbole d’une culture. C’ est son identité. Ce par quoi on le reconnaît. Un peuple sans culture est un peuple qui ne résiste pas  aux tempêtes. Cependant étant donné que le monde est traversé par plusieurs cultures. il se peut que de temps à autre on se nourrisse d’ autres rencontres. Cela crée le  brassage et le partage. Personnellement, ma musique peut s’ enrichir d’ autres influences sans que je ne perde mon identité musicale.


J’ avoue que votre musique compte tenu de son caractère singulier n’ est pas très populaire. N’ avez-vous pas des craintes à ce niveau ?

Je crois en ce que je fais. Je crois en ma musique comme je crois en mon existence. Si l’être humain pouvait croire en la vie comme nous avons fois en notre respiration inconsciente, les doutes  et la haine n existeraient  plus sur la terre. Je suis à mon deuxième album. Le  premier est passé certes inaperçu à cause des problèmes qu’ a connu mon pays mais je me bats encore pour faire passer le message de paix et d’ amour dans le monde. Vous-même  vous l’ aviez dit au début de l’ interview que lors de la soirée au centre culturel allemand le public a apprécié.  C’est dire qu’ il u public pour ce genre musical. Seulement ce sont les espaces pour exprimer cette musique qui manquent. Ici en Europe ce problème ne se pose pas car Il y a des oreilles réceptives à ce genre musical.

Depuis votre arrivée en Belgique, quelles sont les rencontres musicales auxquelles vous aviez participé ? 

Depuis mon arrivée ici  en Europe j’ai eu la grande chance de rencontrer de grands musiciens j’ai fait pas mal de concerts et je continue d’ ailleurs d’ en faire.J’ ai le sentiment que que ma musique est mieux perçue en Europe qu’en Afrique. Comme on le dit nul n’ est prophète chez soi. Sinon j’ai traîné ma bosse en Côte d’ Ivoire. J’ ai participé à plusieurs concerts et festivals. J’ai côtoyé le célèbre Désiré Gadeau ( paix à son âme ) au Duhnill Jazz Festival. Mais j’ ai foi que je serai un jour prophète dans mon pays. Le temps est venu de lancer la machine pour faire vibré les mélomanes  ivoiriens qui ont toujours contribué au succès des artistes d’ autres pays.

Quelle a été la réaction du public à chacune de vos sorties ?

Le public européen rend toujours bien ce qu’il reçoit et j’ en suis flatté.
Cette considération de la part du public me donne le courage et volonté de continuer sur le chemin que le destin a tracé pour moi.

Savez-vous que vous êtes souvent comparé à Ali Farka Touré, un monument du blues africain ? 

Me comparer à  Ali Farka Touré est un grand honneur pour moi  surtout pour le débutant que je suis. Je prends cette comparaison avec beaucoup de modestie. Cela dit je me rends compte que les gens apprécient mon travail. C’ est ce qui fait ma fierté. Je suis  un musicien qui fait son petit bonhomme de chemin avec un style à découvrir. Si le public me compare déjà à Ali Farka Touré, Dieu soit loué !


Comment vivez-vous votre détachement du continent en terme de production ?

C’ est vrai que le pays me manque énormément mais je continue mon combat : celui de positionner l’ afro blues n’doloh sur l’ échiquier international. Mon éloignement de la Côte d’ Ivoire  ne peut en aucun cas  jouer sur mon rendement. Ici j’ ai du matériel qu’il faut et l’ inspiration nécessaire. Je ne compte pas m’ éterniser ici car j’ ai du travail à faire pour mon continent. Personne ne viendra construire l’Afrique si ce n’ est les africains eux-mêmes. 
   

Etes-vous un adepte de la world music ?

Bien sûr ! Je suis un adepte  et un promoteur de la world music. Pour moi une musique donnée doit pouvoir se nourrir d’ autres influences. La musique que nous pratiquons doit être comprise par le monde entier. Pour moi la world music est la music de l’ avenir. Chacun apporte sa touche particulière à la world music. Etant un adepte du partage, je ne peux qu’ adhérer à ce concept.


Black Céleste sur scène ça donne quoi précisément ?

Black Céleste sur scène c’est le partage, la communion, un voyage de tous les sens aux sources africaines traversées par des influences de tout genre. Black C. sur scène c’ est de l’ émotion, de l’ amour partagé.

A quand votre retour au pays ?

A très bientôt. L’ oiseau migrateur reviendra très bientôt aux sources pour faire partager les expériences de ses voyages. Soyez à l’ écoute pour mieux l’ apprécier.
  
  
Un mot à l’ endroit de vos compatriotes qui vous attendent avec impatience. 
  
A mes frères, sœurs, amis et connaissances je dirais beaucoup de patience. Je suis très heureux de savoir qu’ aujourd’hui  ils suivent ma musique et ma démarche artistique à travers internet. Je suis un vulgarisateur de la culture africaine. Avec ce statut  » d’ ambassadeur  » je représenterai dignement l’ Afrique dans le reste du monde. Je vous remercie  énormément pour votre soutien. Fasse Dieu  que notre mère patrie connaisse plus d’amour car mon pays est exemple unique de brassage des peuples. Les ivoiriens  sont merveilleux. A mes enfants, qu’ ils sachent que je suis de tout cœur avec eux malgré la distance qui nous sépare. Je les aime tous. Je suis désolé d’ être parti sans leur avis. Qu’ il me donne le temps de me rattraper. Bientôt je serai au pays. Dieu est amour !

Loukou Raymond-Alex