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Quand des Policiers s’improvisent coiffeurs en guise de sanction

Cyril Verb | | Mode

Casques, treillis, matraque à la main, armes de pointes ou de guerre, mais à la grande stupéfaction, ciseaux, lames et nouvelles coiffures pour rétablir la sécurité dans la mégapole. Ainsi, des policiers ivoiriens s’efforcent d’assurer l’ordre à Abidjan, une capitale minée par des agressions, assassinats, et autres troubles sécuritaires répétées depuis plusieurs années. Suite au récent assassinat d’un des leurs à Yopougon, ils multiplient les descentes dans ladite commune. Au menu, arrestations, bastonnades et surtout coiffures imposées.

Une lame dans les cheveux d’un piéton apparemment suspect en guise de représailles, voici la tendance.

Les nombreuses agressions de populations civiles perpétrées par des adolescents délinquants surnommés « microbes », sont récurrentes. Mais,  l’assassinat par coups de machettes d’un policier pourtant armé à l’entame du mois de septembre a soulevé l’effroi en illustrant parfaitement cette situation  sécuritaire exécrable en Côte d’Ivoire.

Le deuil des policiers après la mort du soldat, frères d’armes, fera naître « la vendetta », la coiffure de la revanche. Après des descentes dans les fumoirs et autres interpellations d’apprentis Gbaka (rabatteurs pour mini car de transport), des commerçants ambulants et des riverains sont contraints au new look.

Au petit matin du mardi 12 septembre, « les policiers coiffeurs » font irruption dans un fumoir au quartier Mami-fêtê. Des individus sont interpellés sur les lieux et quelques habitants du quartier dont une jeune dame. Cette dernière non consommatrice de drogue aura eu le malheur de se plaindre de l’arrestation et du traitement infligé aux suspects. Sa sanction tombe, un boulevard est tracé au bon milieu de sa tête. Sortant un ciseau de sa poche, l’un des soldats a en effet fait montre de ses talents de coiffeur en rasant l’axe central du crâne de la jeune dame avant de la relâcher. Un autre suspect qui portait des dreadlocks lors de son arrestation est rentré chez lui avec « une boule à zéro » (la tête totalement rasée). Une œuvre de nos forces de l’ordre, explique-t-il comme il est donné souvent de voir lors d’un deuil en Afrique.

Une coiffure à problèmes. S’ils ne sont pas passés à l’acte, dans d’autres cas, ils ont suscité une vague de changement de look dans les rues de Yopougon. Après leur passage dans des zones, nombreux sont les jeunes qui ont vite fait de retirer leurs dreadlocks, de peur d’être assimilés à des microbes, d’autant que cette coiffure est l’une des plus adoptées par ces délinquants.

« Porter des dreadlocks est devenu un  délit. Le comble, les policiers ne posent pas de question avant de te rouer de coups », se plaint ce jeune vendeur de friperies au carrefour Siporex, le bonnet sur la tête pour camoufler ses tresses.

Le 16ème arrondissement, un commissariat en bordure de boulevard, s’avère être le nouveau salon de coiffure par excellence, en témoignent de nombreux citoyens.

 

Cyril Verb