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La télévision : un enjeu culturel en jeu

Badjo DAGBO | | Média

Quand, pendant près d’un siècle, les nombreux savants, chercheurs et techniciens du monde ont travaillé, chacun en ce qui le concerne, en synergie, en collaboration et de manière complémentaire à la mise en œuvre de la télévision, ils devraient bien se douter  de son impact dans la société et sur les populations. Ils ont eu raison.

Car, on a beau décrier la télé ou du moins son influence négative sur la société, on devrait même dire sa mauvaise utilisation, n’empêche que la télévision est au monde, l’un des moyens d’expression les plus efficaces et les plus répandus.  Comme tout progrès technologique, la télévision a ses avantages et inconvénients. Pour s’en rendre compte, il suffit de parcourir les ménages, les entreprises, les lieux publics ou privés du monde pour réaliser la notoriété de la télévision. La télévision est partout. Elle est même devenue un puissant vecteur de transmission de toutes sortes d’informations qu’elles soient politiques, économiques, sociales ou culturelles. L’enjeu de la télévision est en jeu dans le monde a été bien compris par-delà les frontières.

En Afrique subsaharienne en particulier et noire francophone en général, l’enjeu de la télévision a été presque très vite circonscrit au domaine de l’action politique. C’est ainsi que le concept de télévision au service du citoyen est resté marginalisé au profit de celui au service du politique. C’est d’autant plus vrai que dans la première moitié des indépendances, la télévision est surtout apparue moins comme un instrument culturel plus qu’un outil de propagande politique.

En dehors de l’enseignement télévisuel qui, dans la seconde moitié des indépendances, par effet de mode,  a relativement permis de vulgariser la télévision dans le milieu socio-éducatif dit secteur d’éducation-formation, la télévision est restée un luxe réservé à une certaine élite sociale pendant longtemps.

Mais, les choses ont beaucoup évolué en 50 ans d’indépendance. Aujourd’hui, la télévision est entrée dans tous les usages, tous les ménages sans pourtant qu’elle ait évolué dans son enjeu.

Ici, la télévision est utilisée essentiellement et majoritairement à des fins politiques, en soutien aux activités officielles ou non du régime en place.

Bien souvent, media public, média d’Etat au service du président de la république et de son gouvernement, cet outil technologique est manipulé à souhait par ces  personnalités qui ont parfois du mal à s’en dessaisir.

L’action politique semble  avoir pris  le pas sur l’action citoyenne si bien qu’en allumant la télévision dans un pays comme la Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Togo, le Gabon ou le Cameroun et généralement dans les pays d’expression française, le téléspectateur est presque sûr d’être renseigné sur l’agenda du président, du premier Ministre et des membres du gouvernement et presque rarement sur ce qui se passe au niveau du vécu quotidien et des activités des populations.

Et pourtant, la vie de la nation ne se limite à l’action gouvernementale  même si elle parait importante. Car, au-delà des politiciens et de leur vie publique -privée, il y a des jeunes, des hommes et des femmes dans la cité qui travaillent, qui bouillonnent d’énergie et dont les multiples activités mériteraient d’être relatées diffusées et encouragées.

La télé d’Etat est un enjeu en jeu dans ces pays ce qui crée une certaine pression sur cet outil. On a remarqué que la télévision est devenue dans ces pays, une cible, un instrument hautement convoité par tous, une cible militaire même. On a pour preuve, l’occupation des locaux des télévisions nationales lors des tentatives de renversements ou renversements de régimes.

C’est toujours une bataille pour les professionnels de la communication audio-visuel de bénéficier d’un espace autre que celui qu’offre l’Etat, ce dernier jouissant d’un monopole sans partage. Il est donc évident que le culte de la personnalité, les idées ou idéologies du parti au pouvoir  soient largement diffusées.

Le cas de la Côte d’Ivoire est très éloquent.  La télévision a toujours été au service du pouvoir en place. La méfiance est telle qu’une véritable politique de libéralisation du secteur n’a jamais pu être menée à son terme. Les conséquences directes s’observent sur la promotion de l’art et de la culture relayés au dernier plan. Et là encore, les lignes de programmes culturels font la part belle aux cultures  de l’occident. La culture est orpheline et se cherche difficilement un créneau d’expansion et d’expression. Dans une société fortement analphabète, la télévision aurait été très utile surtout en matière d’instruction et de sensibilisation des populations aux valeurs culturelles notamment.

La télévision est un véritable enjeu pour toute culture quand on voit comment l’Occident se vend dans sa télé et s’exporte partout dans le monde par la télé.  La télévision a une telle influence sur les populations qu’elle constitue à ce jour, l’un des moyens les plus utilisés  et les plus accessibles en matière de transmission de modes de pensées, d’habillement, de comportement. Etc…

L’enjeu est donc grand mettant en jeu l’avenir de la culture africaine et la télévision peut y contribuer largement et efficacement.

Badjo Dagbo