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MAKENZY ORCEL OU LE BAL DES ÉTOURNEAUX

 

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copyright Francesco Gattoni

 

Vous est-il déjà arrivé de rêver en contemplant un vol d’étourneaux à la tombée de la nuit ? Des oiseaux par centaines qui dansent dans le ciel comme s’ils ne faisaient qu’un, guidés par un invisible chef. Soudain le temps s’arrête : vous aimeriez pouvoir les rejoindre…
Parfois ce sont les mots d’un poète qui arrêtent le temps. Non pas des mots imprimés à l’encre noire sur du papier blanc, mais des mots qui parviennent à vos oreilles à travers les ondes… Une voix rauque et rugueuse, d’une infinie douceur, emplie d’un ailleurs qui sent le soleil et la mer. Celle de Makenzy Orcel.
quand nous n’aurons plus que la route
pour seule attache
les marécages du poème
et l’insomnie du rêve

n’oublie jamais de le faire debout
s’il faut pleurer

(La nuit des terrasses)
Souvent
dans mes quêtes de récif
mes larmes me sont
arrogance de marées
vestiges de danse
de sang coagulé

(La douleur de l’étreinte)
écrire
la fulgurance
de nos effluves
au rythme des rames

la mort
sur tes genoux
restitue l’enfance

(A l’aube des traversées)

Est-il vraiment nécessaire d’utiliser d’autres mots que les siens pour vous donner envie d’en lire plus ? Je ne le crois pas… Je le ferai néanmoins, brièvement, pour vous dire que Makenzy Orcel se plonge dans la dissonance du monde afin d’y trouver un petit fil rouge, une structure, un ordre, un petit ordre. Il est à la fois chef d’orchestre et tambour, travaillant beaucoup sur le rythme. On sent d’ailleurs que la musique est très présente dans sa vie, que ce soit à travers les citations de Brel et Ferré, la chanson « Blakawout » d’Eddy François qu’il présente lors d’une interview à la radio, ou encore les lectures musicales qu’il effectue avec le groupe l’Hapax .
Les femmes ne sont jamais loin non plus, et c’est d’ailleurs elles qu’il raconte dans son premier roman ( Les Immortelles ) : Les prostituées de la Grande-Rue, à Port au Prince.
Deux autres romans ont suivi, « Les latrines », puis tout récemment, « l’Ombre animale ».
Il est actuellement en résidence en France, à Laval, où il anime des ateliers, tout en poursuivant l’écriture de son quatrième roman. « Tout ce que je fais, je le fais à fond. […] Quand j’écris je suis vrai. J’ai tout abandonné pour ça. Le moi qui m’intéresse, c’est le moi qui s’ouvre aux autres. C’est le moi qui va vers les autres pour comprendre. La poésie nous rassemble.»
J’ai oublié de préciser que l’homme n’a que 32 ans… Son œuvre est pourtant empreinte d’une grande maturité… On sent des blessures mal refermées qu’il cherche à oublier dans l’ivresse et dans le sexe. Une volonté forte de décrire le monde tel qu’il est, sans concession. « Nous vivons dans une société qui nous dit quoi faire. Moi j’écris justement pour qu’on ne me dise pas quoi faire. Avec mon ventre. Parce que ce n’est pas la main qui écrit. Elle, elle fait juste le geste ».

« Pour écrire il faut aimer le monde. Il faut aimer la vie. Il faut aimer vivre. »

Christine Vainqueur

* Makenzy Orcel sera présent au festival « Etonnants voyageurs » à Saint-Malo du 14 au 16 mai 2016.

• L’ombre animale, Zulma, (2016)
• La nuit des terrasses, Éditions La Contre Allée (2015)
• Lettres nomades – Collectif, Éditions La Contre Allée (2014)
• L’Afrique qui vient, Anthologie présentée par Michel Le Bris et Alain Mabanckou, Hoëbeke (2013)
• Les latrines, Éditions Mémoire d’Encrier, Montréal (2011)
• Les Immortelles, Éditions Mémoire d’Encrier (2010),Éditions Zulma (2012), Points poche (2014)
• A l’Aube des traversées et autres poèmes, Éditions Mémoire d’Encrier, Montréal (2010)
• Sans Ailleurs, Éditions Arche Collectif (2009)
• La Douleur de l’étreinte, Éditions Deschamps (2007)