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Togo, une vache criblée de balle pour menacer un opposant politique

Cyril Verb | | Evènements

À Kparatao, village frondeur d’où est originaire le principal opposant, Tikpi Atchadam, la vache du boucher a été mitraillée par les militaires. Si pour certains le geste peut paraitre anodin, il s’apparente au plan culturel à une  mise en garde de Lomé à l’endroit de l’opposant, explique un spécialiste du pays.

Devenu en quelques temps le symbole et leader des  contestations contre le régime Gnassingbé, Tikpi Atchadam se dit menacé et se terre on ne sait où.  Dans son village, sa famille s’est réfugiée, mais les militaires y ont débarqué le 19 septembre dernier, veille de manifestations sur l’étendu du pays.

À bord de pick-ups, les soldats – gendarmes et bérets rouges -encerclent le village avant de  se déployer. À la recherche  » d’armes de guerre « , ils perquisitionnent et mènent plusieurs interrogatoires.

Selon le chef d’escadron de la gendarmerie, Abalo Yao, « trois(3) fusils d’assaut coréens » mais aussi des arcs, des flèches, des gris-gris, et 18 millions de FCFA en faux billets ont été découverts – ce que les villageois contestent. Bafoués.

L’imposante vache, attachée au pied d’un arbre attendant son immolation sera criblée de balles au moment du départ des soldats. Aux dires d’Abalo Yao, la bête  » menaçait les forces de sécurité « .

La maison du boucher a également été criblée de balles. Son épouse à l’intérieur a été atteinte et  hospitalisée.

Sur la toile togolaise, cet acte à provoquer lyre des internautes. Les uns sous fond de dérision voient ici l’implication des animaux dans les contestations et les autres pointent du doigt le manque de pitié et de raison dans la répression des  manifestations, réclamant le retour à la loi fondamentale de 1992. Des hommages sont même rendus à la vache, « nouvelle victime de la répression du régime dictatorial des Gnassingbé ».

Symbolique !

Pour Comité Toulabor, directeur de recherche au département Les Afriques dans le Monde (LAM) à Sciencespo Bordeaux, l’affaire n’est pas si anodine qu’elle n’y parait. « Les croyances animistes sont encore très présentes au Togo », explique-t-il à Le Monde Afrique. Ainsi, pour les militaires, l’esprit d’Atchadam a pu s’incarner dans le corps du boeuf. Au-delà, il fait un rapprochement entre cet incident et une légende urbaine répandue au Togo du temps du défunt général-président, Gnassingbé Eyadéma, père de l’actuel chef d’État.

« Chaque 13 janvier à minuit pile depuis 1963, le vieux Eyadéma rassemblait ses officier au Camp RIT à Lomé, et tirait sur un boeuf pour commémorer l’assassinat de Sylvanus Olympio – le premier président du Togo indépendant », qu’il a lui-même orchestré pour s’emparer du pouvoir. Une légende confirmée par des hauts gradés de l’armée, selon Comité Toulabor. Le père Gnassingbé qui a dirigé le pays pendant 38 ans était « toujours entouré de toutes sortes de féticheurs et de marabouts », renchérit-il. « Et Faure perpétue ce rituel encore aujourd’hui ».

D’après le chercheur, il n’y a donc  pas d’amalgame : « les militaires ont voulu tuer symboliquement Tikpi Atchadam »… Ou lui donner un avertissement. Deux(2) jeunes sont morts fin août lors d’une manifestation dans la grande ville voisine de Sokodé. « On a cru qu’ils étaient venus nous tuer », s’est donc inquiété  Agoro Wakilou, notable du village à la vue des soldats « encagoulés et très nerveux » lors de l’intervention à  Kparatao.

 

Cyril Verb