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INTERVIEW / BA BANGA NYECK ( artiste-musicien, inventeur du balafon chromatique ) :  » AVEC LE BALAFON CHROMATIQUE NOUS POUVONS ABORDER TOUS LES GENRES MUSICAUX « 

Ba Banga Nyeck est un artiste-musicien dans l’ âme. Ex-pensionnaire de la Fondation Kiyi, ce défenseur acharné du patrimoine culturel africain est de toutes les initiatives qui valorisent l’ art africain. Inventeur du balafon chromatique dont les résultats de recherche ont été validés à l’ Université Marc Bloch de Strasbourg en 2002, il triomphe de festival en festival pour faire découvrir au monde entier sa  » trouvaille « . Le 17 avril dernier, à Adjamé-Bromakoté, il a eu l’ opportunité de présenter au public son projet intitulé :  » Amorce de création d’ une industrie culturelle autour des balafons  » dont le résultat à terme est de créer une véritable industrie culturelle autour du balafon. Nous avons approché ce balafoniste  hors-pair pour en savoir davantage.


  Comment peut-on définir le balafon chromatique ?
Permettez-moi de faire de faire un large tour d’ horizon avant de revenir à la question. Cela vous permettra de bien cerner la chose. Le balafon est un nom générique désignant les xylophones africains. On en trouve dans toute l’ Afrique sub-saharienne. Il existe plusieurs sortes selon les groupes ethniques auxquels ils appartiennent. Ils ont des noms spécifiques selon leur région d’ origine. Ces balafons-là sont différents de par leur tessiture, leur facture et leur mode d’ accordement qui dépend des modes de chants et de leurs lieux d’ origine. Alors du coup,, la grande richesse dûe à la diversité des balafons cache un inconvénient : c’ est la   » communication  » entre eux, c’ est-à-dire une chanson crée par une ethnie A et accompagnée par le balafon de cette ethnie peut difficilement ou alors ne peut pas du tout accompagner le chant d’ une ethnie B éloignée de son mode d’ accordement. C’ est un inconvénient qui joue sur les répertoires des chants crées à l’ aide de ces différents balafons parce qu’ ils ne peuvent être repris et interprétés ailleurs par d’ autres balafonistes. C’ est un problème qui influence négativement leur diffusion et leur pérennisation. Le balafon chromatique dont je suis l’ inventeur d’ un modèle reconnu par l’ OAPI ( Organisation Africaine de la Propriété Intellectuelle ) vient résoudre ce problème de communication. C’ est un balafon authentique qui obéit à l’ échelle des demi tons tempérés chromatiques de sorte que, comme un piano par exemple, nous ayons les notes naturelles do, ré, mi, fa, sol, la, si, do et leur altération sur plusieurs octaves. Sur ce mode d’ accordement identique à celui de tous les instruments modernes du monde, nous pouvons à quelques intonations près répertorier le mode de tous les balafons traditionnels de sorte qu’ en un on trouve tous les autres. De plus, il communique aisément avec tous les instruments modernes de tout origine. Il devient donc une plateforme de rencontres de tous les balafons et un pont entre les xylophones africains et les instruments du monde entier. Résultat : avec le son authentique du balafon nous pouvons aborder tous les genres de musique du monde entier. N’ est-ce pas là une disposition avérée à faire face au défi de la mondialisation ?
 Faites-nous l’ historique de votre invention ?
  Le premier spécimen du balafon chromatique a été conçu par Wêrê Wêrê Liking du Village Kiyi encouragée par Ray Lema alors directeur musical du Village. Dans les années 1997, étant devenu chef d’ orchestre et pianiste du Village j’ ai été désigné pour expérimenter cet instrument qui très vite s’ est avéré limité par rapport à mes aspirations. C’ est en cela qu’ en 2001, j’ ai conçu le balafon chromatique de 3 octaves de fa 2 à fa 5 qui m’ a valu la reconnaissance en tant qu’ inventeur par l’ OAPI. Depuis 1997, je suis devenu un défenseur du clavier africain pour le hisser à une utilisation et à une reconnaissance universelle.
 Pourquoi avoir fait le choix de pérenniser cet instrument ? 
  Je dois dire que la préservation, voire la pérennisation de notre patrimoine culturel doit être l’ affaire de tous. Nous devons apporter quelque chose à l’ universel. Mon choix s’ explique par le fait que l’ un des plus grands bassistes du monde ( un africain que je tairai volontairement le nom ) a abandonné les tambours et les balafons africains pour devenir un virtuose des instruments occidentaux ce qui n’ est pas mauvais en soi. Mais je me suis demandé qui donc développera les nôtres si ce n’ est nous-mêmes. Comme le dit l’ adage : devient le changement tu préconises alors je suis devenu le changement que je préconise.
 D’ où l’ idée de développer le balafon africain au point d’ en faire une industrie…
  Bien entendu ! C’ est notre combat. Il faut une industrie culturelle autour du balafon. C’ est d’ autant plus important que cette industrie va contribuer à la pérennisation du balafon. Cela est conforme à la Convention 2005 de l’ UNESCO qui demande que le patrimoine culturel africain aborde fasse l’ objet d’ une industrialisation pour relever les défis des temps modernes. C’ est vous dire que l’ industrialisation du secteur culturel est plus que jamais d’ actualité.
  Comment avez-vous rencontré le doyen Kalifa Diabaté, virtuose du balafon ?
   C’ est ma soif de connaissance qui m’ a fait rencontré le doyen Kalifa Diabaté. C’ est aussi sa soif de partage qui l’ a poussé à m’ adopter comme son fils. J’ ai été introduit auprès de lui par les frères Kéïta ( Ali, Youssouf et Seydou ). C’ est une grande bibliothèque que je fréquente avec assiduité. J’ ai beaucoup appris et continue d’ apprendre à ses côtés. Aujourd’ hui grâce à ce projet, le grand public sait qui est ce virtuose du balafon. C’ est un monument à préserver. C’ est pour ces genres de personnes que le balafon doit survivre.
  Quel est l’ objectif de votre projet ?
Ce projet il faut le préciser est porté par le Groupe Ba Banga Nyeck. Il promeut la création d’ une industrie culturelle autour du balafon pour la fabrication et la commercialisation de balafons traditionnels et chromatiques, il veut professionnaliser les métiers autour des balafons dans la perspective d’ offrir des emplois à la jeunesse, il encourage la gente féminine à la pratique du balafon. Comme je le disais plus haut, à terme, ce projet vise à instaurer une véritable industrie culturelle liée au balafon.
C’ est pour cela que je souhaite que les acteurs et décideurs de la chose culturelle, je veux parler du Ministère de la Culture et de la Francophonie à travers ses différentes démembrements fassent tout pour soutenir ce projet qui va rehausser l’ image de la Côte d’ Ivoire à l’ extérieur.
  Que faites-vous de l’ appui de l’ UNESCO ?
  Je dois dire que l’ UNESCO nous appuie fortement en ce qui concerne ce projet. Son apport est exceptionnel et nous l’ en remercions grandement. Je crois que l’ UNESCO comprend bien les enjeux de l’ industrialisation du secteur culturel. Nous attendons aussi de l’ aide des pouvoirs publiques et des privés car la culture quand c’est structuré, tout le monde y gagne…
 Votre mot de fin
Nous souhaitons capitaliser les résultats de ce projet dans le but de professionnaliser les métiers autour du balafon dans la perspective de créer des emplois et également de créer toute une chaîne de production allant de la fabrication à la commercialisation en passant par la formation, la publication et tout ce que cela comporte comme réseau de diffusion. C’ est un vaste chantier auquel j’ invite tous acteurs culturels.