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Cinéma africain, voici où se trouve la liesse recherchée

Cyril Verb | | Dossier

La semaine introductive du mois de septembre 2017 a été dédiée au cinéma. Les questions soulevées lors de ces rencontres des professionnels de l’industrie cinématographique convergent vers l’urgence de reconquérir le public. Le festival « Clap Ivoire 2017 », va refermer ses portes ce vendredi 08 septembre. Les cinéastes seront récompensés à travers leurs meilleurs courts métrages dans divers genres. Mais, les lendemains d’un cinéma populaire, professionnel et attractif sont encore attendus comme il y a une quinzaine d’années auparavant.

Le goût du cinéma reste présent

L’avènement des DVD et autres dispositifs de visionnage de films à domicile, n’a pas altéré l’amour du 7ème art. L’engouement pour les quelques salles ouvertes à l’hôtel Ivoire, Sococé et Prima, traduit l’intérêt encore vivant pour le cinéma. Cependant, la fréquentation de ces salles s’avère être un luxe pour une partie de la population ivoirienne. Les habitants des quartiers populaires comme Yopougon et Adjamé expliquent ne pas vouloir aller dans les  « zones de riches » juste pour visionner un film. Ils pointent du doigt des tarifications « inaccessibles  ».

Les vidéos clubs ou cinéma de proximité

Presque 24h/24 et ouverts tous les jours de la semaine, les vidéos clubs se positionnent ainsi comme le palliatif à cet amour cinématographique que les grandes salles n’arrivent à combler. Loin du confort des  salles luxueuses des « quartiers chics » de Cocody, ces petites baraques faites généralement de bois accueillent enfants, jeunes, femmes et adultes pour la modique somme de 50 ou 100 FCFA le film. Dans les salles en vogue le ticket d’accès atteint 50 fois ces montants pour une projection.

Venez faire un tour dans mon cinéma

À l’entrée, le tableau d’affichage montre la programmation filmique du jour. Après quelques pas et l’achat du ticket, la petite porte rabattue s’ouvre sur des téléspectateurs assis sur des bancs faits de planches. Dans une obscure clarté, ils savourent un film à travers un imposant écran téléviseur de 80pouces. C’est un film d’action, une préférence pour sa clientèle fait remarquer Guizo le gérant de ce cinéma sis à Yopougon-Mamifêtê. Aidé par un employé, chaque gérant a sa stratégie pour appâter ses clients. Avec ses six(6) années d’expériences, Guizo connaît bien leurs goûts et fait ses programmations en fonction.  « Les adultes préfèrent les enquêtes policières, les jeunes eux affectionnent les films karaté et les enfants raffolent les films de science-fiction », détaille-t-il, avant d’indiquer ne jamais jouer de films ivoiriens ou de romances. Mettant ainsi en cause la qualité de certaines productions et des scénarios pas toujours originaux et intéressants.

Son collègue à Adjamé-Renault qui programme quelques fois des films africains, principalement d’origine nigériane, est formel.  « Ceux qui sont appréciés restent les films comiques et ceux racontant les réalités de chez nous. Sinon, les films ivoiriens d’actions ou de fiction ne sont pas réussis. Il reste du chemin à faire dans ces domaines », fait-il remarquer. Cheveux tressés nappy, iPhone à la main, Coul, trentenaire, père de deux(2) enfants dit vivre de ce travail depuis près de dix(10) ans. Passé par plusieurs activités avant d’atterrir là, il  n’exclut pas d’entreprendre autre chose un jour, sous la condition d’avoir une activité plus lucrative et sûre. Cependant, en attendant, ce jeune aux allures d’artistes témoigne sa reconnaissance à ce travail qui l’a mis à l’abri des vices, surtout, dans un quartier réputé pour les violences. Il continue de donner du plaisir à ces amateurs de cinéma qui rêvent de regarder un de ces jours, à un coût abordable, « un bon film dans une salle spacieuse ».

Loin, l’époque où l’on rencontrait au moins un cinéma dans chaque commune de Côte d’Ivoire et d’Afrique. Ces bâtiments ont jeté la clé sous le paillasson. Tombés en désuétudes, les plus chanceux ont été érigés en églises ou en supermarchés. Et pourtant, l’engouement pour le cinéma demeure présent. En effet à l’aube de l’année 2016, l’organisation de la première édition du festival itinérant « Ivoire Ciné Tour », avec l’appui du FONSIC (Fonds de soutien de l’industrie Cinématographique) et de la tutelle, confirme l’attrait pour le cinéma.

Jadis, les alentours des cinémas dans les quartiers populaires étaient bouillonnants. De nombreux commerces y proliféraient. L’écosystème économique né autours de l’ancien cinéma Congo de Grand-Bassam demeure et montre combien les salles permettaient une floraison d’emplois. L’artère principale jouxtant  cette ancienne salle constitue présentement, la « Rue princesse  » de la ville historique.

Véritable économie ludique et touristique, un cinéma en Afrique, dans sa forme comme dans son contenu doit pouvoir séduire un public qui n’en demande pas plus.

 

Cyril Verb