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La Côte d’Ivoire VIP du Festival du film francophone d’Angoulême

Autre Presse | | Cinéma

Pour son dixième anniversaire, l’événement qui se tient du 22 au 27 août rend hommage au cinéma ivoirien qui tente un rebond.

Un nouveau drapeau flotte fièrement sur la façade de l’hôtel de ville d’Angoulême : celui de la Côte d’Ivoire, diligemment encadré par les drapeaux français et européen. Et si l’on entre dans le bâtiment, un ancien château médiéval, on découvre un anachronique mini-marché ivoirien, proposant entre autres produits exotiques, spécialités à la coco, bijoux et vêtements de créateurs. Sous un soleil caniculaire, Angoulême a pris des couleurs africaines pour la dixième édition du festival francophone qui met à l’honneur, on l’a compris, la Côte d’Ivoire.

La manifestation est une sorte de Cannes décontracté où se côtoient sans façon stars d’ici (Albert Dupontel, Laura Smet, Stefi Celma, Claire Chazal…) et surtout d’ailleurs (dont l’illustre acteur et réalisateur John Malkovich, président du jury, venu en tongs à la cérémonie d’ouverture). Le tout dans un bouillon régional mêlant jeunes filles en fleur plus ou moins vêtues, vieux requins du grand et du petit écran, notables endimanchés en semaine et d’authentiques amoureux du cinéma.

Agent artistique de haute voltige puis producteur, Dominique Besnehard a créé l’événement avec la productrice télé Marie-France Brière. Il se souvient que l’idée de faire un festival du film francophone s’est imposée d’elle-même. « Il y en avait dans d’autres pays du monde, mais pas en France ! C’était aussi une manière de contrer l’omniprésence des productions anglophones. À Cannes, on entend trop parler anglais. »

Une grande fête populaire

Rapidement, la manifestation a pris son essor passant d’un public de 8000 personnes lors de sa première édition à 35 000 aujourd’hui. « C’était un événement local, c’est devenu une manifestation internationale, résume Dominique Besnehard. Après la projection en avant-première mondiale du film Intouchables, notre audience a décuplé. Les célébrités qui passaient d’abord pour me faire plaisir, le font aujourd’hui pour rencontrer d’autres professionnels. » Au-delà, le festival est une vraie grande fête populaire, où le pass pour assister à dix projections se négocie seulement 25 euros et où l’équipe du festival, les commerçants, n’affichent pas la morgue détestable qui accompagne souvent les paillettes.

Invitée d’honneur du Fespaco à Ouagadougou en début d’année, la Côte d’Ivoire est une nouvelle fois célébrée dans la cité du sud-ouest de la France. Une manière aussi d’encourager une économie qui tente de se relancer. « Le cinéma africain n’est pas vivace… regrette Dominique Besnehard. Il y a peu de productions locales et de rares lieux de diffusion. Mais en Côte d’Ivoire, des efforts commencent à être faits pour encourager la production cinématographique, le gouvernement tente d’ouvrir le secteur. Au contraire d’autres pays avec lesquels nous avons eu une première prise de contact mais qui n’ont jamais donné suite. »

On retrouvera sur place d’ici le 27 août dix films réalisés ou produits par des Ivoiriens, depuis le court-métrage « Concerto pour un exil » (1 967) de Désiré Écarté, jusqu’au drame « L’interprète » d’Olivier Koné (2016). Pour la Côte d’Ivoire, c’est l’épouse du chef de l’État, Dominique, qui a fait le déplacement pour participer à la cérémonie d’ouverture, interrompant brièvement ses vacances. « Angoulême vous aime », lui a déclaré Dominique Besnehard lors de la soirée d’inauguration. Très glamour dans son tailleur vert et violet étincelant, la première dame a jugé que « le festival est une belle opportunité pour que le pays soit mis en lumière devant un parterre si prestigieux. » L’assistance comptait ce soir-là d’éminentes personnalités du PS, dont l’ancien président François Hollande, sorti bisque de sa retraite estivale, près duquel madame Ouattara était assise.

Rendez-vous à Abidjan en 2018

Le ministre de la Culture et de la francophonie Maurice Kouakou Bandaman, également présent, a invité l’assistance à se retrouver en novembre 2018 pour la première édition d’un festival international du film d’Abidjan. En coulisse, il se félicitait de la belle reprise connue par le secteur. « Pendant deux décennie, le cinéma a été au point mort dans le pays. Il a fallu attendre ‘Run’, de Philippe Lacôte, sorti en 2014 et sélectionné à Cannes dans la catégorie ‘Un certain regard’, pour que reviennent de belles productions sur grand écran. Ce qui manquait, c’était le manque de soutien de l’État aux réalisateurs. Aujourd’hui, même si l’enveloppe est réduite à cause de problèmes de trésorerie, nous pouvons concrètement employer 700 000 euros chaque année. Il nous faudrait quatre millions pour soutenir tous les projets qui nous intéressent, mais c’est un début. »

La production n’est qu’un des nombreux chantiers que le ministère doit défricher… Reste le piratage, et la diffusion. « Il n’y a pas de film sans public », estime monsieur Bandaman. Tandis qu’une centaine de salles existaient dans les années 1970 dans le pays, il n’en reste aujourd’hui plus que trois à Abidjan. Trois autres devraient ouvrir d’ici un an dans la capitale économique.

 

Source : Jeune Afrique