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SAP-HERO DE FARAFINA :  » ÊTRE UN HÉROS DE L’ART EST UN ENGAGEMENT À TENIR  »

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Sap- Hero est un artiste multidimensionnel. Il le revendique d’ ailleurs asses bien et l’ assume aisément. Il déteste qu’ on le confine dans des clichés. C’ est un artiste au sens large du terme à partir du moment où il arrive à transmettre sa passion pour l’art à travers les différentes déclinaisons. De la peinture, à la sculpture en passant par la poésie et le slam, Koné Issa de son vrai nom étale son savoir-faire sans retenue, ni restriction au grand bonheur de l’ Homme qu’ il définit comme le socle de l’ Humanité.

Entretien avec Sap- Héro de Farafina, héros de l’ Art…

Peux-tu te présenter à nos lecteurs ?

Je suis Koné Issa alias Sap-Héro de Farafina. Je suis artiste-peintre, slameur, poète, amoureux de littérature tout court !

Dans quel courant pictural peut-on te situer ?

Je me situe dans la peinture semi-abstrait, semi figuratif. Je suis également dans littérature scribale, orale mais également de la littérature picturale.J’ assume ces différents genres et cela transparaît dans ma pratique artistique.

Le mariage entre toi et l’ art remonte à quand ?

Je peux dire bien avant de mettre les pieds à l’ école. J’ avais déjà des prédispositions, des prérequis que j’ étalais sur tout support qui me tombait sous la main. C ‘est à partir de 2000 que j’ai crée mon centre. A partir de cet instant-là j’ ai commencé à vivre de mon art. Le premier centre est situé à Korhogo et le second est en construction à Grand-Bassam.

Qu’ as-tu ressenti la première fois que tu as exposé tes œuvres au grand public ?

La première expo remonte à 2005. C’ était une exposition individuelle que j’ avais organisée au centre culturel de Korhogo pour montrer mon travail artistique. J’ avoue que j’ avais assez d’ appréhension au début vu que je n’ avais jamais vu des expos et que je n’ en avais jamais organisées. Mon objectif était de passer juste un message pour attirer l’ attention du public sur mon travail. Pendant cette expo, en dehors de la contemplation des œuvres, beaucoup de choses ont été écrites dans le livre d’ or. Cela m’ a beaucoup réjouit et je me suis senti en phase avec mon art. Cette expérience a été un motif supplémentaire de satisfaction. J’ ai réalisé que j’ avais trouvé ma voie et qu’ il n’ était plus possible de faire marche-arrière. C’ est à partir de là que la carrière d’ artiste a véritablement débuté.

En tant qu’ artiste, quelle place revendiques-tu dans la société ?

Je suis dans la communication visuelle et chromatique. Je me sers de beaucoup de symboliques pour faire passer mon message et par ricochet amener les gens à avoir un regard nouveau, c’est-à-dire plus attentif, plus réfléchi sur toute les symboliques qui nous entourent. C’ est cette place que j’ essaie de revendiquer à mon humble niveau. Si cela peut participer à l’ émancipation et au développement de l’ humanité je ne peux que m’ en réjouir…

Pour toi existe-t-il un art typiquement africain ?

De mon point de vue, l’ art est universel. Vu que je développe une peinture en rapport avec l’ humain quoiqu’ il peut avoir des différences liées aux culturelles. Mais ces différences sont strictement contextuelles. Mon travail va au-delà de la race, des religions, des régions pour toucher l’ humanité. Il est vrai que dans mon travail j’ utilise des codes où des matériaux liés à ma culture et à mon environnement ce qui fait de moi un ambassadeur de ma culture mais il n’ empêche que j’ adresse à l’ humanité toute entière, à l’ universalité.

L’ art a-t-il de la valeur dans notre société actuelle ?

Je pense que la réponse vient d’ elle même ! Si au jour d’ aujourd’ hui la pratique artistique est de mise c’ est le problème de son importance ne se pose même plus. A partir du moment où l’ art nous permet de passer des messages c’ est qu’ il est d’ actualité vu la multiplicité des problèmes auxquels nos sociétés sont confrontées. Il est clair que l’ artiste n’ est pas le messie qui vient ôter l’ humanité de tous ses péchés, mais il peut néanmoins jouer un rôle d’ éclaireur, de citadelle tirer sur la sonnette d’ alarme. L’ art a également une fonction thérapeutique. Il nous soigne des grandes blessures internes. Si l’ art n’ existait pas, il aurait fallu l’ inventer …

Quand l’ artiste n’ est pas en train de peindre, que fait-il ?

Il écrit des poèmes, des slams, des romans… Je ne sais si j’ arrête vraiment de travailler ( rires ). Quand on a l’ inspiration au bout des doigts, je crois qu’ il n’ y as pas de répit.

Sap-Héro de Farafina se considère t-il comme un héros de l’ art ?

( Rires…) ! C’ est possible ! Nous sommes tous héros quelque part. Je ne veux être seulement un héros de l’ art mais un héros tout simplement. Le monde a besoin de pionniers, de gens qui luttent pour se frayer un chemin et ouvrir le chemin aux autres. C’ est cela notre mission. Nous devons êtes des éternels lutteurs pour la survie de l’ humanité. J’ ai toujours pris l’ exemple des spermatozoïdes dans le processus de procréation. Parmi les milliers qui sont en compétition, c’ est un seul qui réussi à féconder l’ ovaire. Battons-nous pour être des héros non seulement dans nos domaines d’ activités mais également dans la vie de tous les jours. Vu sous cet angle, je peux fièrement arborer la casquette de Héros de l’ art.

L’ artiste a t-il encore un mot à dire face à notre société qui est devenue le terreau de toutes formes d’ extrémisme ?

Effectivement, vous avez raison de dire que le monde est devenu le terreau des extrémismes. Rien qu’ à regarder et qu’ à voir tout ce qui se passe autour de nous. Des attentats par-ci, des génocides par-là. D’ ailleurs dans ma démarche picturale actuelle je consacre une série de tableaux à ce phénomène. Je peins des personnages sans tête. Des personnages qui marchent à la renverse, histoire de dire que notre société est fortement  » décalée « . Une société qui n’ a plus de repères, une société où la morale a foutu le camp. L’ humanité a perdu le sens de l’ humanisme. Nos sociétés hypermatérialistes et hypercapitalistes ne laissent aucune place à la morale et la spiritualité. A partir du moment où nous sommes détenteurs d’ une parcelle de pouvoir, on peut tout faire sans être interpellé. Voici le drame ! Nous sommes devenus esclaves des progrès technologiques au point où nous agissons comme des automates, des robots dénués de toute conscience. Face à cette situation, l’ artiste est plus que jamais sollicité pour jouer son rôle d’ éveilleur de conscience sinon il sera comptable de tout ces drames à répétition.

Un mot pour conclure.

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Je voudrais vous remercier pour cette lucarne faite à moi pour parler de mon art. Je voudrais également profiter cette tribune pour m’ adresser à nos gouvernants qui surprennent par leur désintérêt pour la culture et pour les arts. Vu les conditions de vie des artistes et des acteurs culturels, il va sans dire que le gouvernement est inerte. Il est de notre devoir de laisser un héritage à la nouvelle génération sinon on aurait failli. Il est temps de mettre fin aux discours démagogiques et passer aux actes en créant le cadre et les conditions d’ exercice du métier d’ artiste. Nous devons combattre le phénomène de l’ immigration clandestine en intéressant les jeunes à la pratique artistique. Grâce à l’ art et à la culture nous pouvons encore sauver des vies. Tout est créer sur notre continent. Il suffit que nos dirigeants soient assez imaginatifs et visionnaires pour donner des gages de réussite à la jeunesse dans le domaine de l’art. Il n’ y pas à désespérer malgré les écueils de la vie. La pratique de l’ art est encore possible sur ce continent qui a tant donné à l’ humanité.

Raymond Alex Loukou