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Guyzagn Kouadio : Le parcours atypique d’un autodidacte en peinture

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Les bons artistes ne sortent pas forcément des Beaux-Arts. Cet adage pourrait bien s’appliquer à Guy Kouadio alias Guyzagn Kouadio, cet artisan, menuisier-ébéniste qui sans formation académique, aucune dans le domaine de l’art, s’est arrogé le Grand Prix Guy Nairay édition 2003, qui consacre les jeunes talents dans le domaine des arts visuels en Côte d’ Ivoire.
La fabuleuse aventure de cet artiste-peintre et sculpteur commence en 2001 où il est classé 3ème au Grand Prix Guy Nairay. Loin de se satisfaire de cette place honorable pour un nouveau venu dans le domaine des arts visuels, Guyzagn Kouadio se promet de remporter le Grand Prix à l’édition suivante. Il n’ y a pas mieux placé que lui pour raconter l’histoire de ce sacre. «  En 2001, j’ai été classé 3ème à cette compétition. Après observation, j’ai promis revenir à la charge deux ans après pour m’offrir le GPGN.
 
Le jour la performance, j’étais un peu inquiet parce que c’était le jour de vérité. Les organisateurs ont surnommé ce jour-là « billet-billet », histoire de dire tous que les participants devraient prouver qu’ils sont bel et bien auteurs des œuvres présentées. Devant un jury composé d’illustres personnalités comme Henriette Diabaté, Konan Payne, Bernard Dadié et Mme Guirandou, il fallait se montrer à la hauteur.
 
Je me souviens que j’utilisais l’eau de la lagune pour laver ma toile et reprendre mon travail. J’ai pris sur moi la responsabilité d’approcher un candidat qui répondait au nom de Mobiagoh pour des cours de peinture expéditifs. Il m’a même prêté des tubes de peinture en m’indiquant le mode d’emploi. Le résultat a été surprenant par la suite.
C’est à partir de là que j’ai réalisé que j’avais du talent à revendre. Pendant cette période j’ai perdu ma mère et j’ai promis honorer sa mémoire en remportant le Grand Prix. Dieu a exaucé mes prières et l’année suivante (2003), me voici GPGN contre toute attente ! », se souvient l’ artiste comme si c’ était hier.

En effet, pour l’édition 2003, Guyzagn Kouadio a présenté deux œuvres. Une en section peinture et l’autre en section sculpture. Disqualifié en peinture parce que son œuvre ressemblait à celle de son « Maître » Mobiagoh, l’artiste fut néanmoins sacré en sculpture avec le Prix Christian Lattier et désigné Grand Prix Guy Nairay avec félicitations du jury avec sa pièce sculpturale « Eyaki » symbolisant le pardon mutuel et la réconciliation en langue Akan. Et voilà notre autodidacte propulsé sous les feux de la rampe avec ce trophée !

A travers cette consécration inattendue, Guyzagn Kouadio voit une voie d’artiste toute tracée devant lui. Il n’attend pas longtemps pour s’y engouffrer en multipliant les séances d’apprentissage chez ses « Maîtres » car conscient qu’il a des lacunes à combler s’ il veut devenir un peintre de renom. Auprès donc de son premier mentor Mobiagoh, Guyzagn Kouadio apprend les fondamentaux de la peinture. Perfectionniste à souhait, il s’oriente vers les artistes-peintres Sanogo Pachard et Joe Wadada pour mieux appréhender les techniques de base de la peinture. Retiré dans son atelier à Toumodi, Guyzagn se met à la tâche en parcipant à des workshops avec des artistes confirmés. Son obsession pour la peinture l’emmène à s’offrir des bouquins consacrés à l’art. Conscient qu’il est maintenant en compétition avec les artistes de la place, notre autodidacte essaie de trouver sa propre écriture en scrutant de nouveaux horizons.

A propos de la peinture, l’artiste fait sienne cette réflexion :  » Je crois pour les autodidactes comme moi, on part d’ abord avec l’utilisation des couleurs sans faire référence à la technique. Ensuite on cherche à maîtriser la technique et enfin de compte on cherche à s’exprimer en imposant sa propre écriture « .

Dans les débuts, l’artiste reconnaît qu’on essaie de se mettre dans les pas du maître mais au fur et à mesure, on essaie de créer à créer sa propre identité.
A la question se savoir pourquoi les artistes copient souvent l’expression picturale en vogue, Guyzagn Kouadio a cette réponse :  » La peinture est comme la musique. Quand une musique est de mode, on essaie de la copier mais n’empêche que dans ce cheminement, on doit tâcher de garder son écriture qui devient notre propre identité « .

Après son sacre, il abandonna son écriture calquée sur son mentor pour inaugurer une série de tableaux en utilisant en guise de couleur des pigments naturels, de l’argile et du charbon. Cette nouvelle écriture rapproche l’artiste de son environnement d’agriculteur. «  Sur ces tableaux, vous verrez une dominance de la couleur ôcre. Cela rappelle la terre. Ma tradition d’agriculteur m’interpelle sur ces tableaux », tente de justifier l’ artiste.

11 ans après son sacre, c’est-à-dire en octobre 2014, Guyzagn Kouadio réapparait sur les cimaises de la galerie Houkami Guyzagn pour sa première exposition personnelle intitulée «  Les faces cachées de Guyzagn Kouadio ». Sur une vingtaine de tableaux, l’artiste  brosse quelques portraits avec des couleurs moins chaudes et des tons apaisants, signe d’une certaine maturité. De Guyzagn Kouadio; Thierry Dia le responsable de la galerie Houkami dira ceci : «  Cette expo vient à point nommé car elle consacre les talents multiples de l’artiste. Raison pour laquelle je l’ai dénommée (les faces cachées).
 
L’écriture de ce jeune peintre a pris des galons. C’est un artiste avec lequel il faut compter dans l’arène nationale ».  Avec la bénédiction et les encouragements de ce galeriste, les portes d’une grande carrière s’ouvre pour cet artisan qui a toujours rêvé d’être artiste. Malgré ces encouragements, l’artiste est convaincu qu’il lui reste encore du chemin à parcourir pour espérer faire partie des porte-flambeaux de la peinture en Côte d’ Ivoire.

 » Pour moi, la peinture est un processus. Je suis à une étape. Mon travail doit me permettre de franchir d’autres étapes. J’arpente les collines en espérant arriver au sommet. Voilà ma philosophie « . Sans commentaire.
Le parcours de Guyzagn Kouadio est un cas d’école qui doit inspirer tous les jeunes qui veulent s’adonner à l’art.  A force de courage et d’abnégation, on parvient à réaliser ces rêves les plus fous.
Pour l’heure, retiré dans son atelier à Toumodi, il se consacre à un événement majeur qu’il dévoilera bientôt.
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