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Appo Koffi Kra Emmanuel « la Côte d’Ivoire a du potentiel qui n’attend qu’à être exploité et promu. »

Appo-Emmanuelle

Appo Koffi Kra Emmanuel est un jeune artiste-sculpteur Ivoirien qui n’ a certainement pas le charisme et la notoriété des sculpteurs de la trempe de Jem’s Koko Bi et de Koffi Donkor, deux références ivoiriennes en matière d’art sculptural. Cependant les œuvres réalisées par ce jeune ne manque pas d’intérêts. Bien au contraire, elles nous donnent la preuve que la relève en la matière peut être assurée. Découvert à l’occasion de la deuxième édition de l’exposition  » Abidjan, on dit quoi ? Jeunes talents de Côte d’Ivoire  » organisée par la galerie la Rotonde des Arts Contemporains Abidjan-Plateau, nous avons été émerveillés par son travail. Ce dernier qui se fait le porte-parole d’une génération de sculpteurs baptisée  » Nouvelle Génération Sculpturale  » croit en l’avenir de cet art en Côte d’Ivoire. Dans cet entretien qu’il nous a accordé, il nous parle de ses premières expériences exhorte ses condisciples à se mettre au travail pour donner plus lisibilité au métier de sculpteur en Côte d’Ivoire. 

Présentez-vous à nos lecteurs

Je suis Appo Koffi Kra Emmanuel, né le 07 décembre 1985 Bondoukou. J suis entré à l’école nationale des beaux-arts en 2009 avec un BAC A2 décroché à Adzopé en Côte d’Ivoire. Je suis titulaire d’un master  professionnel en sculpture monumentale en 2014 et major de la promotion en spécialité. C’est en 2010 que je suis entré en atelier de sculpture et obtiens le DEAG (Diplôme d’Études Artistiques Générales) en 2011.

Les quatre monuments qui font la fierté de la ville de M’Batto (Côte d’Ivoire) sont mes premières grandes réalisations sur le terrain en juillet 2013.

Pourquoi avoir choisi la sculpture pour exprimer votre talent artistique?

Pour continuer la formation artistique à l’école nationale des Beaux-Arts d’Abidjan, après la formation en tronc commun en première année, l’on doit choisir une spécialité et je me suis senti attirer par la sculpture.

Cela n’a pas été une tromperie d’esprit par le fait qu’avant la fin de ma formation en tant que sculpteur j’ai réalisé quatre (4) monuments dans la ville de M’Batto (région du Moronou Côte d’Ivoire). Une expérience suffisante qui m’a permis de finir ma formation en beauté et m’a valu le titre de major de promotion en fin de cycle en master professionnel.

 

À partir de quel moment avez-vous senti le besoin de vous orienter dans la sculpture ? 

En réalité bien que je me  sentais attiré par la sculpture, je n’éprouvais pas cette envie tout de suite par le fait qu’il n’y a pas de structure pouvant employer un sculpteur en Côte d’Ivoire comme les autres domaines de l’art tels que la communication, l’architecture d’intérieur et le design textile enseignés aux Beaux-Arts d’Abidjan.  Les moyens financiers  me faisaient défaut pour m’orienter dans une de ces spécialités dès les premiers mois de la rentrée où je pourrai faire des réalisations. C’est alors que je me suis orienté en sculpture. Dans cette filière les matériaux de base sont fournis par l’école permettant à un étudiant de pouvoir faire ses réalisations et les exercices des enseignants en spécialité. Ainsi l’étudiant peut travailler sans de grands moyens financiers. Pour me résumer, c’est par manque de moyens financiers que je me suis orienté en sculpture. Cette discipline m’a accueilli  avec beaucoup d’amour.  Aujourd’hui cet amour est partagé. J’aime la sculpture et la sculpture m’aime et je cherche à m’ouvrir toutes les grandes portes de ce monde.

 

À quand remonte votre première œuvre ?

Ma première œuvre remonte au mois de février 2011. J’ai sculpté un enfant  mangeant dans une marmite déposée devant lui qu’il ceint avec ses pieds. Cette œuvre en argile n’a pas été tirée en dure afin de la gardée pour toujours. Présentée dans son matériau brut pour  le diplôme de DEAG (Diplôme d’Études Artistiques Générales), cette œuvre est aujourd’hui dans les oubliettes parce qu’elle n’existe pas physiquement car n’ayant  pas les moyens pour le tirage. Sachez que les bourses arrivent toujours au moment où l’année académique s’achève.

La ville de M’Batto abrite quelques unes de vos réalisations. Racontez-nous cette première expérience

C’est une expérience que je salue avec franchise. La réalisation de ces œuvres a débuté à la Fondation Art Monde du peintre  Augustin Kassi à sa demande en vue d’en faire don à sa ville natale. C’était en Octobre 2011. Modelées et moulées sur le site de la Fondation Art Monde, c’est en 2013 que ces œuvres vont voir le jour véritablement par leur implantation totale dans ladite ville sur quatre sites. Je me suis servi des cours et cette assurance que m’a donnée mon Professeur Koffi Donkor qui m’a convaincu que j’étais apte à faire des monuments vu mon dévouement pour la sculpture lors de mon stage dans son atelier en Juin 2013. Alors je n’ai pas eu peur ou reculer devant les difficultés de tout genre rencontrées sur le terrain. Tout compte fait je savais que c’était sur le terrain que j’allais me faire mes preuves.  C’était un défi que je me suis lancé pour ne pas décevoir celui qui a placé sa confiance en moi sachant bien que je n’avais  pas encore fini ma formation dans l’érection des monuments. Je m’étais rassuré de réussir ce travail sur un sol où il n’y avait pas encore eu de monument. Bien que cela n’a pas été facile j’y ai cru et j’y suis arrivé. Le 14 juin 2014 mes premières œuvres en monument furent inaugurées sous le parrainage du Directeur Général de la Lonaci Monsieur Issiaka Fofana et en la présence des autorités communales.

 

Peut-on dire que la ville de M’Batto constitue le point de départ de votre carrière ?

Bien évidemment ! Cela est clair aux yeux de tous. En cinq mois, entouré de près de 30 jeunes de la ville, j’ai implanté ces monuments. L’implantation débutée le 26 juillet 2013 a pris fin le 05 janvier 2014. C’est à cette date-là que je suis retourné en atelier de sculpture aux Beaux-Arts pour entamer le master professionnel.

 

Quels sont généralement les matériaux que tu utilises dans ton travail?

J’utilise la pierre reconstituée et le polyester selon les demandes effectuées.

 

As-tu une préférence particulière pour une matière et pourquoi 

Je préfère à présent pour mes réalisations, le polyester. C’est une matière qui permet de vite réaliser une œuvre. Bien utilisée, elle conserve toute son originalité tout en restant solide. Elle offre un poids léger qui facilite le déplacement d’un lieu à un autre quelque soit la taille de l’œuvre. C’est un matériau qui permet d’insérer la technologie dans son œuvre. Ce qui me fait penser à l’art et la technologie en Côte d’Ivoire.

 

Pourquoi votre choix s’est porté sur la sculpture monumentale et quelle est sa particularité?

La sculpture monumentale contribue à l’embellissement de notre environnement dans l’une de ses fonctions première. Le monument interpelle, rappelle des événements, sensibilise, éduque et égaye. Le monument est l’œuvre par excellence qui attire un monde vers un lieu précis et fait parler de son réalisateur. Le monument désigne un peuple, une région, un pays. Je cite ici en exemple la tour Eiffel à Paris pour parler de la France, le Christ à Rio de Janeiro pour le Brésil, la statue de la liberté pour les États-Unis et le monument de la renaissance à Dakar pour le Sénégal. Les grands sculpteurs ayant marqué le monde ont tous réalisé des monuments tels que Michael Ange avec son œuvre ‘’David’’ et ‘’le penseur’’ d’Auguste Rodin pour ne citer que ceux-là. Le monument peut être également pourvoyeur de devises par le nombre de touristes qu’il peut attirer. Je me suis spécialisé en monument parce que c’est un domaine difficile à maîtriser en tant que sculpteur. Si on ne s’accroche pas de fa façon ardue, on n’y arrivera jamais. Le sculpteur doit connaître le sol, le matériau qu’il utilise selon les intempéries…Le sculpteur doit s’actualiser selon les réalités des temps et des époques pour adapter son art. C’est ce que je fais à présent en m’inscrivant dans les bas-reliefs pour permettre à tous de disposer une œuvre sculpturale chez soi d’où le jumelage de l’art et la technologie.

 

As-tu déjà participé à une exposition et quelle expérience en as-tu tirée?

J’ai participé au Workshop ‘’At Works’’ en 2013 (2ème édition), dirigé par le célèbre sculpteur ivoirien Jem’s Robert Koko Bi, organisé par Lettera 27 et la Fondation Donwahi. La première grande exposition collective à laquelle j’ai participé a eu lieu à la Rotondes des Arts Contemporains en 2014. C’était la deuxième édition de ‘’Abidjan on dit quoi? ‘’Jeunes talents de Côte d’Ivoire’’. Ensuite j’ai participé à la deuxième édition des Rencontres Internationales des Arts et de la Culture en décembre 2014. Dans cette même période j’ai pris  part à la troisième édition d’ Abidjan Revel’ Art Festival.

Ce sont des moments bénéfiques pour moi. Cela m’a permis d’échanger avec d’autres artistes au niveau technique et expérimental afin d’enrichir ma créativité.

 

Quels sont les grands noms de la sculpture ivoirienne aux près desquels tuas fait tes armes?

Ils sont au nombre de deux. L’un vivant en Allemagne le maître Jem’s Koko Bi et l’autre, maître Koffi DONKOR vivant en Côte d’Ivoire.

 

Au jour d’aujourd’hui, combien de pièces as-tu réalisé?

Véritablement il y a 6 monuments et 25 bas-reliefs. Les deux premières œuvres de ma nouvelle manière de travailler se trouvent à la Fondation Koble Des Mandes Sud à Man. Ce sont des bas-reliefs.

 

Penses-tu que l’espace artistique ivoirien offre assez de place à la sculpture? Sinon comment y remédier ?

En vérité  je dirais qu’il y a beaucoup d’espaces pour les sculpteurs. Jusqu’à présent le réseau reste disponible. Sauf que les sculpteurs eux-mêmes ne se donnent pas la peine de se présenter sur la scène artistique à part ceux que nous connaissons qui sont toujours au-devant de la scène. Il y a plusieurs genres de sculpture qui se vendent en Côte d’Ivoire. Il s’agit de bien faire sont choix et de donner un meilleur de soi-même. Le sculpteur est beaucoup respecté par les promoteurs d’art.

 

Peut-on affirmer qu’avec la jeune génération de sculpteurs dont tu fais partie, la sculpture à de beaux jours devant elle?

Je proclame haut et fort de merveilleux jours pour la sculpture. La jeune génération que j’appelle “Nouvelle Génération  Sculpturale “ est soucieuse des réalités de l’art en Côte d’Ivoire. C’est dans ce cadre que les jeunes sculpteurs participent de plus en plus à des expositions collectives afin de se faire connaître. Les sculpteurs sont renfermés. Si ailleurs ça marche ce n’est pas ici ça va s’arrêter. La sculpture en Côte d’ Ivoire écrira sans doute ses meilleures pages les années à venir. C’est ici et maintenant que le travail doit commencer. L’avenir de la sculpture en Côte d’ Ivoire est monumental pour ne pas faire de jeu de mot. Chers sculpteurs de la nouvelle génération sculpturale en avant pour occuper cette place vide qui longtemps nous attendait.

 

Si tu avais un avis à donner sur la sculpture en Côte d’Ivoire que dirais-tu?

De toutes les spécialités artistiques, la sculpture reste celle qui parle à nos âmes profondes. Si elle est entourée de préjugés quelconques, c’est tout simplement parce qu’elle fait la propagande de nos patrimoines culturels. Ne dit-on pas qu’à l’arbre qui porte des fruits qu’on lance des pierres?  Les embellissements d’espaces publics, les façades murales, les jardins, les aires de jeux, les fontaines, les bureaux, les salons, les œuvres religieuses et les objets de récompenses attendent la main experte du sculpteur. Le sculpteur reste le meilleur des décorateurs.

La Côte d’ Ivoire a du potentiel qui n’attend qu’à être exploité et promu.

 

Quels sont tes projets?

Je prépare ma première grande exposition basée sur ma nouvelle manière de travailler que vous allez découvrir bientôt. Je pense que ça sera une grande fierté pour la sculpture ivoirienne.

Loukou Raymond-Alex