Josué GUEBO : L’oeuvre de codification du français ivoirien

Badjo DAGBO | | Litterature

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La dernière œuvre « Dictionnaire des mots et expressions du français ivoirien » du poète, écrivain et enseignant-chercheur Josué Guébo pourrait être présenté comme le témoignage fabuleux d’un messager du peuple et plus exactement de la jeunesse urbaine en quête d’identité linguistique dans un pays de plus de 60 langues locales et  soumis à l’usage de la langue française.

Lauréat en 2014 du Prix Tchicaya U Tam’Si pour la littérature africaine et auteur de plusieurs œuvres dont « Songe à Lampedusa », « Mon pays, ce soir », « l’Ombre du pont », « Le père Noel aime l’Attiéké », « Les sommeil des Indépendances »… etc, Josué Guebo est un artiste qui confirme ainsi, avec cette œuvre sa présence remarquable dans le cercle élitiste des linguistes ivoiriens.

La Côte d’Ivoire, ancienne colonie française est l’un des rares Etats de l’Afrique subsaharienne qui ne dispose pas de langue nationale. Un tel constat dans le quotidien des ivoiriens est forcément source d’inspiration pour un chercheur  doublé d’un talent qui cherche à combler le déficit de langue et recherche une manière de rassembler les divers  instruments linguistiques existants dans lesquels tous pourraient se retrouver. Les recherches minutieuses de terrain ont donné les résultats rassemblés dans un dictionnaire, celui « des mots et  expressions du français ivoirien ».

Le titre de l’ouvrage est évocateur et suscite une série de questions qui vient nourrir la curiosité du lecteur. Existe-t-il un français ivoirien ? Quel est-il ? Comment a t-il germé? Est-il vulgarisé ? En quoi est-il particulier ?

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Entre le langage soutenu dit académique inaccessible à tous et les langues locales presque réservées aux  seuls initiés, il faut bien trouver le moyen de communiquer. La jeunesse tente de créer une langue particulière qui est un mélange langues locales telles le bété, le baoulé ou le Dioula et à la langue française. Une sorte de « broken french » à l’ivoirienne communément appelée « Nouchi » difficilement compréhensible des néophytes que sont les adultes et la classe moyenne mais  qui a la particularité  d’être une création localement identifiable. L’éclosion de cette langue, véritable instrument de communication a le mérite de rassembler  la jeunesse urbaine ivoirienne et non ivoirienne en ratissant large pour toucher une bonne partie de la population urbaine lettrée et non. Mais, elle a l’inconvénient d’être variable, codé  et éparse et donc ne faisant pas l’objet de codification unique et uniforme.

Josué Guebo essaie avec le savoir-faire qu’on lui connaît et la rigueur du chercheur d’apporter une réponse à ces difficultés dans son œuvre d’intérêt intitulée « Dictionnaire des mots et expressions du français ivoirien » préfacée par un des grands maitres, le professeur Hilaire D. Bohui et parue aux Editions L’Harmattan. A juste titre, le professeur Hilaire D. Bohui écrira à l’endroit de l’auteur et à propose de  l’œuvre que : « Le travail de l’auteur est assurément une heureuse contribution à l’effort collectif de codification du français ivoirien ». Comprendre et communiquer en français ivoirien est désormais possible  grâce à Josué Guébo qui met à la disposition  du public un dictionnaire  référence disponible bientôt en librairie.

 

Badjo DAGBO