Soum Bill au centre d’une polémique politico-culturelle ou victime d’une incompréhension ?

Badjo DAGBO | | Musique

soum-billLe chanteur ivoirien Soum Bill subit-il des pressions ? Cette question mérite d’être posée au regard de la dernière sortie de l’artiste. En effet, dans un communiqué  de presse, il signe clairement ne pas être le porte parole de l’opposition. Cette nouvelle polémique politico-culturelle sous fond musical survient au lendemain même de la sortie du dernier album de l’artiste Soum Bill « Zougloumanie », au moment où les tensions politiques sont vives  entre le parti au pouvoir et l’opposition  en Côte d’Ivoire à propos d’un référendum portant projet de loi constitutionnelle.

Dans ce communiqué signé de ses propres mains, l’artiste estime avoir été diffamé par des médias sans manquer de préciser que ses propos ont été sortis de leur contexte. Ce qui ne saurait refléter sa pensée. Soum Bill, qui dit  par ailleurs n’être pas allé au clash avec le Président ivoirien, dans son album avant de conclure que de bonnes choses ont été faites dans ce pays  sans en dire plus(…).

Mais, au regard du texte de la chanson en question, transcrite et diffusée quelques heures après le communiqué  du zouglouman sur les réseaux sociaux, il est très fragrant qu’il se passe quelque chose d’anormal.

Soum Bill subit-il des pressions de toutes parts ou est-il simplement incompris ?
Parce qu’en réalité l’opposition s’était toute de suite appropriée les textes de cette chanson dans lesquels ils croyaient se reconnaitre et dont il ont massivement commencé à en faire la promotion sur les réseaux sociaux au point de rafraichir en quelque jour la carrière de l’artiste.

Une déception sous forme de trahison qui irrite d’autant plus l’opposition et plusieurs fans de l’artiste qui ne sont pas prêts à tolérer à l’artiste le fait qu’il se soit déculotté mais aussi de les avoir roulés dans la farine. Ceux-ci ne manquent d’ailleurs l’occasion de le prendre à partit sur les réseaux sociaux où il est traité de tous les noms.

En réalité, l’artiste se fait le porte-voix du peuple ; le porte-voix des « sans-voix ». C’est à juste titre qu’ il déclare ne pas être le porte-parole de l ‘opposition. Il dit haut ce que le peuple pense bas. Dans un contexte africain en général et ivoirien en particulier, ses textes sont autoreverse s’adressant à la fois aux dirigeants et aux opposants selon qu’ils soient au pouvoir ou non. En témoignent les morceaux choisis de ses textes  très engagés.  Constant dans sa position et ses convictions, Soum Bill est resté fidèle à la philosophie originelle du zouglou qui est de peindre les tares sociales, de les dénoncer et d’attirer l’attention des gouvernants sur les conséquences parfois désastreuses de leur politique. A cet effet, l s’est rangé du côté du peuple dont il se fait le défenseur.

 

 

Morceaux choisis : 

“Dans un état de droit, les gens peuvent dénoncer sans se faire taper dessus. Juste pour un avis contraire, ils sont tous allés chercher leurs épées, ils veulent m’envoyer six pieds sous terre (…).

J’aurais commis un délit de lèse-majesté. Au nom de tous ceux qui sont tombés, nous n’allons pas laisser faire les intolérants, car ils sont bêtes et méchants… La dérive identitaire justifie la chaine alimentaire. Quand, il y en a, c’est toujours les mêmes qui mangent. Quand il y a des restes, c’est toujours les mêmes qui mangent et même quand il y a des miettes c’est toujours les mêmes qui mangent. Dans un fanatisme aveugle, tout le monde se noie dans la bêtise.

Nous  fermons  nos yeux sur nos propres erreurs, pourvu que les autres ne bronchent pas… Les petits arrangements, les détournements et le pire se passent sous nos yeux et je les entends chanter, ‘’nous sommes  de la même ethnie’’. Voilà les arguments des gens stupides. Quand nous en parlons, ils s’érigent en détenteurs du savoir universel. Vous, les incultes, allez- y taisez-vous et fermez- là. Nous n’allons pas refaire le monde, pourtant c’est ce qu’ils nous avaient promis.

Que le pécheur ne me jette pas la pierre. Qu’il ne vienne pas m’embrasser, avec un couteau dans le dos. Liberté de pensée, liberté de manifester, liberté de s’exprimer… Lutter contre la pauvreté, ce n’est pas lutter contre les pauvres. Entre les discours et la réalité, il y a le Business. Ils  humilient les plus vulnérables à coups de bulldozers… Elle se paie ma tête, elle veut faire du Beau en ignorant la misère. Dans nos quartiers, les gens vous entendent,  mais ne vous écoutent plus car la misère est violente.

Surtout quand vos ministres font leurs affaires en prenant le peu qui nous reste… Ceci est la voix de tous ceux qui déchantent et qui se sentent oubliés. Tous ceux  qui vous regardent et que vous ne voyez pas. Tous ceux qui vous parlent, mais que vous n’entendez pas”,

(Chanté par Soum Bill).

Les textes de Soum Bill sont un véritable pamphlet , un cri de cœur d’un artiste engagé qui attire la sonnette d’alarme, dénonce et sensibilise sur la violation des droits du peuple, des populations par les dirigeants quels qu’ils soient. Pour cela, il se veut non le porte-voix de l’opposition ni  celui du gouvernement.

 

Badjo DAGBO