Youssou N’dour : Cross-over de la musique africaine

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Youssou-Ndour

Ils sont à ce jour quatre à avoir réussi le cross-over de la musique africaine : Myriam Makeba, dans les années 60 ; Manu Dibango au cours de la décennie suivante ; Mory Kanté dans les années 80 ; et Youssou N’Dour à la fin du siècle dernier.

Le compte est bon ! Mais la grande différence de You par rapport à ses prédécesseurs, c’est d’avoir accompli sa performance sur le sol de ses ancêtres. Avec cette obstination tranquille qu’on lui connaît, il n’a jamais considéré qu’habiter Dakar serait un obstacle à sa conquête du monde.

Bel exemple, et chapeau l’artiste ! Youssou N’dour est né le 1er octobre 1959 à Dakar au Sénégal. Son père Elimane est ouvrier. Sa mère Ndèye Sokhna Mboup est griotte. Dès son plus jeune âge, il préfère la musique à ses études. Mais ses parents sont intraitables et désirent le voir réussir. Pourtant à onze ans, il décide d’intégrer la troupe théâtrale Sine Dramatique. Remarqué par un musicien du Dounia Orchestra, Pacheco, celui-ci le recommande auprès du Diamono et particulièrement de Charlie Diop. Il entre au sein du groupe et attend patiemment son heure de gloire.

Le véritable déclic se produit alors qu’il n’a que treize ans. A l’occasion de la mort de Papa Semba Diop dit Mba, leader du Star Band de Dakar, le Super Diamono compose un morceau que le jeune Youssou, de sa voix si particulière, doit interpréter lors d’un concert de soutien à sa famille à Saint-Louis. C’est un véritable succès. Après ce premier essai, le Diamono est invité à se produire à Banjul en Gambie. Ne prévenant pas son entourage, Youssou est considéré comme fugueur. A son retour, son père le sermonne et une véritable explication a lieu. Finissant par convaincre son père de sa vocation, Youssou intègre l’Institut des Arts de Dakar. Il y apprend entre autres le solfège. En 75, Youssou N’dour rejoint un nouvel orchestre nouvellement engagé par un club réputé de la capitale, le Miami. En raison de son jeune âge, c’est le père qui négocie son contrat avec le maître des lieux, Ibra Cassé. Il y reste jusqu’en 79, date à laquelle il monte avec un autre chanteur, El Hadj Faye le groupe l’Etoile de Dakar, la direction d’orchestre étant réservée à Badou Ndiaye. Il démarre en trombe avec le tube « Xalis » (l’argent).

En 81, les deux chanteurs ne s’entendant plus très bien, Youssou quitte le groupe et en reforme un autre, le Super Etoile. Tout lui réussit. Il est l’incontestable n°1 des hit-parades dans le genre mbalax. Comme les griots dont il descend, il chante la vie quotidienne, l’amitié, ou les fêtes religieuses. Mais sa grande réussite semble être l’invention d’une nouvelle danse qui fait fureur dans les clubs de la capitale sénégalaise, le « ventilateur ». Le tout sur une musique mélangeant rythmes traditionnels et instruments modernes. Quelques tubes, « Wala walo », « Nadakaro » ou « Indépendance » sont la base de son succès. La production de ses albums (souvent distribués en cassette) se fait aux Editions Madingo.

Sa voix légèrement cassée, son autorité au sein de son groupe et son charisme grandissant font de Youssou, le nouvel ambassadeur de la musique sénégalaise. A l’âge de 24 ans, le jeune homme est déjà un homme d’affaire avisé, à la tête d’une véritable entreprise qui emploie musiciens, managers, secrétaires … Il est aussi propriétaire du Thiossane, le club où le groupe se produit quand il n’est pas en tournée. Enfin, il soigne son image, celle d’un bon musulman qui ne boit pas ni ne fume. Fils exemplaire, il vit avec ses parents dans le quartier de la Médina à Dakar, qui l’a vu grandir.

Si les pays de l’Afrique de l’Ouest accueillent la nouvelle star sénégalaise comme un des leurs, la tournée européenne qui débute en mai 84 semble plus difficile. Elle débute à Paris par l’Africa Fête, festival culturel africain qui pour une soirée accueille les pionniers de l’afro-rock, Osibisa et Youssou N’dour.

Le 18 mai 84, ce dernier fait donc un triomphe non seulement devant ses compatriotes immigrés (qui avaient eu l’occasion de le voir à Paris dans un club quelques mois auparavant) mais aussi devant le public parisien. L’événement se passe à l’Espace Ballard et dure trois heures. La tournée se poursuit en Allemagne, en Angleterre, en Suède, en Finlande, en Norvège et en Suisse. En France, il prend contact avec le label Celluloïd et lui confie ses intérêts.

 

Ekto