Dorothée Munyanesa: Samedi détente, Rwanda Wanda 1994, retour de mémoire

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Originaire du Rwanda où elle a passé son enfance, aujourd’hui de nationalité britannique et vivant à Marseille, Dorothée Munyaneza est une chanteuse, danseuse et chorégraphe avide de partage et d’échanges. Elle s’accomplit au travers de projets musicaux personnels et de participations régulières dans des spectacles de danse contemporaine. En 2014, elle a créé son premier spectacle en tant que chorégraphe, « Samedi Détente ».

Sa recherche artistique puise dans la diversité de son héritage culturel – sa famille au Rwanda, l’expérience de 14 ans passés à Londres, son installation à Paris suivie de celle à Marseille – mais surtout dans son appétit de rencontres.

Dorothée Munyaneza chante depuis son enfance, mais c’est en Angleterre, à la Jonas Foundation à Londres, puis à Canterbury où elle étudiait la musique et les sciences sociales, qu’elle a acquis la certitude que la musique serait aussi son métier. Ses premières réalisations professionnelles ont été la participation à l’album Anatomic (AfroCelt Sound System) et la composition et interprétation de la bande originale du film Hotel Rwanda. En 2010, elle sort son premier album solo enregistré avec Martin Russell, le producteur d’AfroCelt Sound System et collabore au projet du compositeur anglais James Brett, dont l’album intitulé Earth Songs est sorti sur itunes en décembre 2012.
En 2009 elle joue dans le spectacle « Noctiluque », de Kaori Ito. L’univers onirique qui se dégage de la mise en scène entremêle shintoïsme, manga, monde fantastique et gestuelle à nulle autre pareille, dans un récit poétique associant cirque, danse et théâtre. Dorothée Munyaneza aime mélanger les genres et refuse de se laisser enfermer par une étiquette. Elle est artiste, en perpétuelle création.
Aujourd’hui, Dorothée Munyaneza travaille avec d’autres artistes et chorégraphes tels que Nan Goldin, Mark Tompkins, Robyn Orlin, Alain Buffard et Rachid Ouramdane. Elle mêle musique afro-folk, danse et textes de Woody Guthrie (le père spirituel de Bob Dylan) avec Seb Martel et s’aventure entre danse, poésie et musique expérimentale avec Alain Mahé, Jean-François Pauvros et le chorégraphe Ko Murobushi.
C’est lors de la création de la pièce « Baron samedi » d’Alain Buffard, qu’elle a rencontré la danseuse ivoirienne Nadia Beugré, devenue depuis sa partenaire sur scène dans la pièce « Samedi Détente ». Cette œuvre est la première réalisation de Dorothée Munyaneza en tant que chorégraphe. Elle y raconte son histoire, et surtout l’histoire de son pays d’origine, le Rwanda.
Le 06 avril 1994, le Rwanda sombrait dans la folie et les tueries. Dorothée Munyaneza allait avoir 12 ans. « Samedi Détente », l’émission radiophonique phare, diffusait des chansons venues d’ailleurs. Le jeu des enfants du quartier ? Les apprendre par cœur, tant bien que mal, et participer le lundi suivant, dans la cour de récréation, à la compétition de la meilleure performance. Puis tout a basculé…
Instants de paix avant la guerre, de vie avant la mort, de rire avant les larmes. Les souvenirs affleurent à l’écoute d’une chanson, comme celle de Benny B… « Et je pense à toi le jour / Et je rêve de toi la nuit / Me reviendras-tu un jour mon amour / Je t’aime à l’infini »…. « Je revis la musique et tout mon corps se met à bouger » explique Dorothé Munyaneza. Les souvenirs affleurent aussi à l’évocation du nom de celui ou de celle qui n’est plus. « Samedi Détente » leur redonne vie par la parole, la danse et le chant. Sur scène Alain Mahé, le compositeur et musicien français, fait chanter les machettes, lit des extraits de coupures de presse… « Où étiez-vous en avril 1994 ? ». Au Rwanda, le génocide commençait… plus de 800 000 personnes allaient perdre la vie en seulement trois mois.

Christine Vainqueur