Nuit blanche à Ouaga : Une ode à la métamorphose

Firmin Koto | | Danses

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Une place publique, la nuit à Ouaga ou ailleurs. On refuse de dormir … Le pays s’est brusquement réveillé et l’ivresse du changement a fini par faire fuir le sommeil. La violence est là, sourde et palpable, avec le doute, l’attente, les moments de veille, les instants d’éveil, la succession des peurs, les anecdotes et les histoires que l’on raconte et qui s’enchaînent…

Ce spectacle de danse, le chorégraphe burkinabé Serge-Aimé Coulibaly et le rappeur Smokey l’avait joué pour la première fois lors des Récréâtrales, le 25 octobre 2014 à  Ouagadougou. « Nuit Blanche à Ouaga », cette pièce de la compagnie Danse-Théâtre fut ce jour-là une boule de cristal qui reflétait l’avenir immédiat du pays.

Mais voilà que, le 30 octobre 2014 la prophétie chorégraphique de Serge-Aimé Coulibaly et Smokey s’accomplissait. Le changement s’opérait à travers une insurrection populaire sans grande bavure. L’ennemi du peuple était clairement identifié, et tous contre lui. Le peuple burkinabé venait alors de refuser d’avaler son « somnifère » qui l’avait fait dormir pendant 27 ans. L’art avait ainsi prédit.

Nuit blanche à Ouagadougou s’inspire de plusieurs mouvements sociaux qui ont récemment secoué l’Afrique. Parti d’une écriture chorégraphique, destinée à traverser le temps, cette pièce est une succession de tableaux qui  décomposent et recomposent le visage inquiétant  d’une capitale  en ébullition.

On retient surtout la violence faite à la jeunesse. Un tableau dévoile ce danseur que l’on tourne en bourrique: Marion Alzeu et Sayouba Sigué martyrisent Adama Nébié qu’ils projettent comme une pierre mais celui-ci, incassable et insubmersible revient toujours et toujours. Le tableau de la révolte du peuple lui est d’anthologie. C’est le seul moment dans ce spectacle ou tous dansent à l’unisson, dans une chorégraphie harmonieuse. Un peuple uni devant son destin.

Nuit blanche à Ouagadougou, plus qu’une ode à la métamorphose est basée sur l’urgence, le suspense et l’inattendu. C’est Une création d’un genre nouveau et très engagée qui produits ses fruits. A juste titre elle séduit déjà  au-delà des frontières. Du 14 au 17 février prochain, en marge du Festival Fait d’Hivers,  Nuit blanche à Ouagadougou  sera présenté en plusieurs représentations sur la scène internationale francophone Le TARMA 159 av. Gambetta – 75020 Paris.

Firmin Koto