Lecture, politique et développement

Macaire Etty | | 100% potins
MACAIRE-ETTYLes hommes de culture et de lettres, dans de nombreux pays africains, se plaignent à longueur de journée que les gouvernants ne se préoccupent pas suffisamment de la promotion du livre et de la lecture. Les plus radicaux pensent même que ces dirigeants ignorent les bienfaits du livre. Un tel jugement n’est pas forcément fondé.
Les gouvernants Africains comme ceux du monde entier ont, à notre sens, une idée claire des bienfaits de la lecture. Et c’est justement parce qu’ils savent ce que le livre peut apporter aux citoyens qu’ils négligent de créer un cadre démocratique de sa promotion. Un peuple qui lit est un peuple éclairé. Un peuple éclairé est difficile à manipuler. Un peuple qui lit, réfléchit, analyse, est souvent un peuple qui critique, conteste et revendique.
Jules César le sachant servait à son peuple des jeux, notamment des combats à mort des gladiateurs au sein d’une arène affrétée à cet effet. Lors de ces empoignades, le peuple hypnotisé a l’occasion d’assouvir sa soif de violence par procuration. Les citoyens Romains sortent de ces lieux, déchargés de leur colère. Jules César pense qu’un peuple qui s’amuse n’a pas le temps de réfléchir et de penser à ses problèmes. En conséquence, il ne peut contester et revendiquer.
Nous comprenons pour quoi les dirigeants politiques se démènent pour servir à leur peuple du sport. Aujourd’hui, dans le monde entier, tous les gouvernants prennent toutes les dispositions utiles pour que les grands matches de football – véritable « peste émotionnelle » – soient rétransmis en direct à la télévision pour le « bonheur » leur population.
Pourquoi le livre ne bénéficie pas des mêmes égards ? La réponse coule de source. Vaut mieux un peuple qui s’amuse qu’un peuple qui se cultive.
Mais pendant que le peuple se crétinise, les gouvernants lisent et se cultivent. Evidemment, ils lisent les livres en harmonie avec leurs ambitions, leur vision. Nul n’ignore que la plupart des dirigeants du monde lisent des biographies des grands hommes pour en tirer une inspiration. Il est de notoriété publique que « L’art de la guerre » du General chinois Sun Tzu et « Le Prince » de Machiavel sont les livres de chevets des gouvernants.
Une chose est sûre : ceux qui lisent juste pour s’informer sur les différents moyens de domination et de manipulation n’ont jamais été de grands dirigeants. Les plus grands gouvernants savent bien que pour mieux diriger, il faut lire et lire beaucoup. Les plus grands gouvernants savent aussi qu’il est mieux de diriger un peuple éclairé qu’un peuple inculte. Certes le premier comprend vite et ne se laisse pas manipuler mais c’est avec lui que le développement est possible.
C’est par la lecture et la culture que le citoyen peut analyser chaque information dans sa vie,  procéder à un questionnement personnel pour, en fin de compte, faire ses choix et décider librement d’orienter sa vie dans le sens qui lui sied.  C’est le citoyen cultivé qui tout en veillant sur ses droits fait ses devoirs sans y être contraint. C’est le citoyen cultivé qui met l’intérêt de la nation au-dessus de ses intérêts égoïstes. C’est avec des citoyens cultivés que l’on va au développement.
Sans lecture, les citoyens deviennent une foule moutonnière,  réduite à servir de marchepieds. Ce sont ceux-là qu’on utilise pour les basses besognes, qui sont prêts à servir de chair à canons, prêts à mourir, pas pour des idées mais pour un individu. Ce sont ceux-là qui constituent les bétails électoraux, transportés dans de piteux camions pour s’adonner à des séances d’ovations et de louanges. Il est impossible de sortir du sous-développement avec de tels citoyens.
Si gouverner un peuple c’est créer les conditions de son bonheur, alors il faut lui ouvrir les portes du livre. Et ce sont les gouvernants cultivés qui peuvent comprendre une telle vision. En France, Charles De Gaulle est souvent cité en exemple. C’est bien lui qui a dit : « La véritable école du Commandement est la culture générale ». Il lisait les classiques français et anglais. Son livre préféré était « les mémoires d’Outre-tombe » de Chateaubriand.  Abraham Lincoln a entièrement lu le monumental « Vies parallèles des hommes illustres » de Plutarque. Il citait de mémoire William Shakespeare. Le président Bill Clinton avait des heures précises consacrées à la lecture ; La lecture de « Cent ans de solitude » de Gabriel Garcia Marquez, l’a définitivement marqué.
Quant à Mohammed Mossadegh, le grand homme d’Etat Iranien à l’époque du Shah, il était convaincu que « le monde irait mieux si les hommes qui nous gouvernent lisaient davantage ».
Le développement ce sont des dirigeants qui lisent et font lire le peuple. Le développement n’est possible qu’avec des dirigeants cultivés dirigeant des citoyens cultivés.
Macaire Etty