Ghallywood le cinéma ghanéen en « llywood ».

Badjo DAGBO | | 100% potins

La production cinématographique ghanéenne a connu ces dix dernières années un essor sans précèdent, une augmentation qualitative et quantitative des films. Elle est dynamique et avoisine les 200 films vidéo par  mois de presque toutes les catégories. Ces productions sont dominées par les fameux « 1 and 2 » et « 3 and 4 ».  Les courts et longs métrages, les feuilletons sans oublier les séries télévisées, tout  y passe.  Dès lors, les professionnels du cinéma et de l’audiovisuel ghanéen sentent de plus en plus la nécessité de créer un cadre formel d’expression, un lieu plus adapté où se retrouveraient ensemble tous ceux qui œuvrent  d’une manière ou d’une autre au développement du cinéma. Une industrie s’installe et elle a besoin d’être encadrée et professionnalisée. C’était le rêve de M. William Nana Akuffo Awuku qui avait « une vision de développer un lieu communautaire où ghanéens et artistes internationaux, acteurs et l’équipe de production peuvent vivre et travailler ensemble ». C’est ainsi que Ghallywood Academy of Film Acting ayant commencé comme une petite école privée située à Kwame Nkrumah Cercle a pris de la valeur. Ainsi venait donc de naitre l’industrie cinématographique ghanéenne.  Elle s’appelera  Ghallywood.

On se souvient encore et toujours de cette appellation mondialement connue de Hollywood à Los Angeles aux Etats Unis et à un degré  moindre de Bollywood à  Bombey en Inde. Il faut désormais compter avec Ghallywood.  Ghallywood vient ainsi s’inviter dans la famille des « llywood » après Nollywood du Nigéria. En Afrique et précisément  dans sa partie Ouest anglophone  le cinéma se  conjugue désormais en « llywood » et le rêve est permis.

Derrière Ghallywood s’est bâtie une œuvre gigantesque, preuve de la professionnalisation du cinéma au Ghana. Une organisation pensée  et mise en œuvre par les professionnels du cinéma et de l’audiovisuel soutenue par une volonté politique clairement affichée.

Ghallywood est composé de deux entités complémentaires. Un cinéma et un village de production. Il est situé sur un vaste terrain de plus  de 200 Hectares sur la route Tema-Aflao dans le Grand Accra. Indépendamment des nombreuses aires de jeux, le village comprend plusieurs divisions – Ghallywood maison de production, Ghallywood Academy of Film Acting Ghallywood et les services d’accueil et de restauration. Ceux-ci fonctionnent tous ensemble pour contribuer à la vision Ghallywood de créer une télévision ghanéenne  et une communauté cinématographique qui non seulement répondent aux attentes du public local mais s’ouvre sur l’extérieur en reproduisant les autres industries du film comme Hollywood, Bollywood et Nollywood.

Ghallywood est le nom choisi par les promoteurs du cinéma ghanéen pour désigner l’industrie cinématographie ghanéen. Si Certains apprécient et accueillent favorablement ce nom calqué sur le modèle américain, d’autres déplorent son manque d’originalité. Car, cette appellation ne rend aucunement compte de l’authenticité africaine ghanéenne. Ils estiment que ses concepteurs ont été peu créatifs alors qu’ils auraient gagné à promouvoir ou faire découvrir au monde un nom purement ghanéen. « Pourquoi vouloir suivre systématiquement tout le monde ? Les Ghanéens ne peuvent pas vraiment  se reconnaitre  dans le nom Ghallywood. Il fait plus américain que ghanéen. Il aurait été plutôt préférable que l’industrie cinématographique ghanéenne épouse notre culture, traduise notre identité et se voit  attribuer un nom plus ghanéen qui dépeigne les riches traditions du Ghana et de sa culture ». Dira Ama K Abebrese célèbre actrice ghanéenne. Nikki Samonas, une autre actrice  lui emboite le pas. « L’industrie du cinéma au Ghana  qui a encore un long chemin à parcourir avait un réel besoin de recadrage. Et, ses  priorités ne sont certainement pas de lui trouver un nom à l’américaine. Les industriels devraient

Il est vrai que pendant longtemps, les écrans de télévisions et de cinémas n’avaient pas laissé de choix à la race noire. Aujourd’hui, on peut affirmer que les initiatives comme Ghallywood au Ghana, Nollywood au Nigéria ou le FESPACO au Burkina Faso visent un seul et même objectif : décoloniser les écrans africains. En la matière, on peut affirmer que le Ghana tient bien ses promesses. Le public accueille  plutôt  bien ces œuvres. En témoignent les multiples circuits de diffusion qui entretiennent un lien étroit avec le public. Les magasins de location, les DVD ou encore les VCD sont vendus un peu partout dans les quartiers, les cérémonies de récompense hautement médiatisées, les programmations quotidiennes de téléfilms locaux  par la douzaine de télévisions publiques et privées nationales. On n’oublie pas les télévisions et radios communautaires et confessionnelles qui en font leurs canaux d’évangélisation des masses populaires.

Le cinéma ghanéen est une fierté nationale. Il suffit de voyager à bord d’un bus reliant Accra à Takoradi ou Kumasi ou encore Cape Coast pour s’en rendre compte. Tout le long du trajet, les voyageurs seront servis aux films ghanéens en anglais ou en twi. Et, ce n’est pas fait pour leur déplaire au grand dam de quelques passagers ne comprenant ni le twi (langue majoritairement parlée) ni l’anglais.

Le cinéma ghanéen en s’inspirant fortement de la culture locale basée sur les contes locaux et la tradition théâtrale, captive l’auditoire. Il reste un cinéma populaire parce qu’il aborde surtout des  thématiques sociales  au cœur de la société  africaine en général et ghanéenne en particulier telles la sorcellerie, le mariage, les problèmes de succession, le respect de la tradition etc.

Il est clair que l’audience est déterminante d’autant que les œuvres tiennent compte des attentes du public en visant principalement l’opinion ghanéenne, et accessoirement l’espace anglophone.  Mais, le cinéma ghanéen gagnerait à s’ouvrir un peu plus pour atteindre un public plus large afin de mieux  faire face aux questions de piraterie des œuvres  et de  rude concurrence immédiate avec son voisin Nollywoodéen.  Dès lors, des efforts sont déployés pour que Ghallywood s’inscrive dans les standards internationaux  en dépit des nombreux défis restant à relever.

Malgré tout, l’industrie cinématographique du Ghana est prometteuse de grands espoirs. Edward Agyekum Kuffour, acteur affirme qu’elle a « du potentiel lucratif à condition que  les investissements nécessaires soient mobilisés  pour la soutenir».

Dans l’univers magique et merveilleux Ghallywoodéen, on ne se contente plus seulement de rêver.  On peut aussi  le réaliser.

Badjo Dagbo