Interview de Désiré nomel kouambla: Dans la danse, la différence est intime

Olivier Yro | | Danses
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Ex danseur du ballet national de Côte d’Ivoire, parti depuis 16 ans de son Abobo natal, l’artiste chorégraphe qui vit en Espagne désormais s’est prêté à notre micro lors d’un passage a Abidjan.
 
D’Abobo à Barcelone
 
Je suis chorégraphe de danse Africaine résidant à Barcelone (Espagne). Depuis 16 ans, je travaille les matins et les soirs, je m’adonne à mon jeu favori, c’est-à-dire la danse.
 
Comment tout est parti ?
J
e suis parti depuis 2000 d’Abidjan. C’était tellement simple, depuis tout petit je dansais déjà au sein des troupes pour le concours « Wozo Vacances » de la RTI. Je suis né à Abobo-gare, non loin du cinéma étoile. Et après « Wozo », nous nous sommes lancés dans « Variétoscope » toujours avec la RTI. Après, le ballet national a lancé un concours d’audition pour faire appel a des chorégraphes, c’est ainsi que nous avons été retenus. Nous avons voyagé pour 6 mois en Espagne en résidence d’artiste. Avec des amis nous avons décidé d’y rester pour nous battre.
 
Et aujourd’hui comment vont les choses ?
ça va, on s’en sort fort bien. La  danse nous a fait découvrir l’Europe et nous arrivons à nous occuper de nos petits frères et de leur inculquer des conseils afin qu’eux aussi puissent trouver leur voie. Il ne faut pas jouer avec le travail. La danse fait son homme et elle nourrit son homme.
 
Ton opinion sur la danse Ivoirienne aujourd’hui ?
 
Je trouve que la danse moderne est bonne mais la danse traditionnelle est délaissée. On préfère le rythme moderne mais il ne faut pas abandonner nos rythmes qu’on mélange souvent aussi. Il faut la garder et la conserver comme un bijou précieux. Qu’il s’agisse du « didadi, du  zigligbiti ou l’abodan ». Il faut prendre en compte tout ce que nous avons comme richesse. C’est un précieux héritage qui pourra nous servir demain.
Quels sont vos rapports avec les autres chorégraphes ivoiriens Georges Momboye, Maurice Méhansio, qui sont devenus des identités remarquables à l’international ?
J’ai connu Momboye ici à Abidjan en 1993 et à Paris j’ai donné des cours au centre Momboye. Maintenant je suis en Espagne, il faut qu’on s’adapte c’est complètement différent. Je pense que nous aurons le temps de nous revoir pour essayer de faire quelque chose ensemble. Et pourquoi ne pas monter une école de danse dans les années à venir puisque nous envoyons des étudiants pour des cours de danse ici en cote d’Ivoire.
 
Vous aviez une école de danse, puis est survenu une mésaventure…
 
En effet, en Catalogne j’avais monté une école la Sala Santa avec mon épouse mais l’entourage a estimé qu’il y avait trop de bruit. Et l’école a été fermée. Mais je crois que jusqu’en Novembre nous remonterons cette école ailleurs. Franchement c’est un métier qui paie. Il faut y croire et y mettre beaucoup de soi. Il faut être un battant. On peut te payer des miettes aujourd’hui mais demain, tu peux te retrouver avec des cachets importants.
 
Qu’est-ce qui fait ton originalité concrètement ?
 
La différence est infime. Au ballet national nous montions des ballets traditionnels ; aujourd’hui nous voyons des troupes mais elles ne montrent pas la tradition aux enfants. Le contemporain c’est bien, mais il faut du « tradi ». Ernesto Djédjé était du ballet national.
 
Un mot pour encourager les jeunes ?
 
Il faut être un battant. La danse ça paie comme je l’ai déjà dit plus haut. A notre temps on répétait 7 jours sur 7 et 9 heures par jour. Nous savions l’objectif à atteindre. Or, ce que je remarque c’est que les jeunes ont des jours de répétition et en dehors de cela ils se reposent. C’est une manière pour moi de paresser. Or il faut donner tout ce qu’on a comme force et énergie dans la danse pour que ça paye vraiment.
 
Olivier Yro