Afro-féminisme : Nèfta Poetry, la « Clit Revowlution » est en marche

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Afro-féminisme-Nefta-PoetrySociologue, écrivaine et danseuse, la Guadeloupéenne Nèfta Poetry est l’une des ambassadrices du festival international Cri de Femmes. Dans le cadre de l’édition 2015, elle a entrepris d’explorer le plaisir féminin dans un projet intitulé « Clit Revowlution ». Explications.
Née en Guadeloupe, Stéphanie Melyon-Reinette, alias Nèfta Poetry (Nèfta vient de l’hébreu Nephtali, qui signifie « combattre »), a enseigné plusieurs années à l’Université des Antilles avant de s’installer dans l’hexagone. La trentenaire, docteur en civilisation américaine avec une thèse sur la diaspora haïtienne aux Etats-Unis, est dorénavant formatrice en anglais professionnel en entreprises. « Un !travail alimentaire » précise-t-elle, qui lui permet de se consacrer à ses passions durant son temps libre : la recherche, l’écriture, la danse et la musique, entre autres.Auteur de plusieurs essais et recueils de poèmes, Nèfta Poetry est également ambassadrice pour la France et ses Outre-mer du festival international Cri de Femmes, une manifestation annuelle qui se déroule en mars et rassemblera cette année une quarantaine de pays à travers le monde (du 5 au 15 mars à Paris). L’objectif de ce festival artistique est notamment de réfléchir à la condition des femmes et de lutter contre les violences dont elles sont victimes.

Pour l’édition 2015 à Paris, Nèfta Poetry réalisera une installation consacrée au plaisir féminin intitulée « Clit Revowlution ». « Clit », pour clitoris, quand la femme se réapproprie son corps et sa sexualité. Une démarche que l’artiste et chercheur a initiée il y a quelques mois en organisant à Créteil, à son domicile, des brunchs éponymes rassemblant jusqu’à quarante personnes, en majorité des femmes, mais aussi quelques hommes, pour explorer les thématiques du désir et du plaisir, et en déconstruire les stéréotypes.


« L’idée du brunch c’est d’amener les femmes à se questionner dans un espace convivial et sécurisant, où on est en confiance et où l’on ne se juge pas », explique Nèfta Poetry. « Même si on se mobilise pour les femmes on ne le fait pas contre les hommes. C’est ensemble qu’on essaie de construire quelque chose ».
« J’ai voulu permettre à des femmes d’exprimer et de faire entendre l’intime féminin, des choses qu’on ne dit pas, même quand on est en couple, même à ses sœurs. Car on ne parle pas toujours de ce qui est fondamental : c’est-à-dire ce qu’est la relation au corps, au corps de l’autre, mais aussi ce que la société va cristalliser dans notre chair, dans nos comportements, etc. » poursuit-elle. « Si il y a des problématiques sexuelles c’est qu’il y a des problématiques sociétales. Il y a des questions de domination, de pouvoir, de religion, et de statut. La façon dont la femme se positionne dans sa sexualité c’est aussi la façon dont elle se positionne dans sa vie sociale. »
« Je me suis demandé pourquoi ce petit organe, le clitoris, cristallisait tant de choses. Pourquoi l’excision, pourquoi les femmes ne connaissent pas leur propre sexe, la question de la masturbation chez les femmes… Oui, je brise un tabou parce que je pense que l’on devrait parler de sexualité », soutient Nèfta Poetry.
 
Philippe Triay