Koffi Kouamé Etienne : le théâtre est loin d’être un art mineur

Koffi Kouamé Etienne est un artiste-comédien qui fait son bonhomme de chemin loin de la capitale. Basé à Yamoussoukro à la tête de sa compagnie Croco-Théâtre, Etienne essaie de faire partager sa passion aux habitants de la capitale politique. Malgré la rareté des moyens il entend faire la promotion de l’ art en général et du conte en particulier. C’ est d’ ailleurs avec le conte qu’ il entend faire le tour du monde. Alors il était une fois…

  
Présentez-vous et rappelez-nous brièvement votre parcours artistique.

Je suis Kouamé Koffi Etienne. Je suis originaire de Yamoussoukro. Je suis comédien, conteur, humoriste, metteur en scène, directeur artistique du Croco-Théâtre de Yamoussoukro. Je suis le chargé d’Animation Culturelle de l’Alliance Franco-Ivoirienne de Yamoussoukro. Je suis également le directeur général de la Radio  Royale FM 98.2 de Yamoussoukro. J’ai commencé la pratique de l’art à l’école primaire à de Logbakro, mon village maternel dans la commune de Yamoussoukro. Ensuite au lycée moderne de Katiola et après l’école j’ai choisi de faire la promotion de l’art et de la culture à travers mes différentes prestations.

Pourquoi avez-vous opté pour la comédie ?
  
Je dirais que c’est un don, c’est inné. J’ en avais les aptitudes depuis mon enfance. Je crois aussi que ça été une part d’ héritage parce que mon père était un excellent comédien. Je dis merci au passage à mon père pour cet héritage que j’ assume avec brio.

Vos proches et parents ont-ils facilement accepté votre métier ?

Oui, puisque je recevais plusieurs fois des encouragements de leur part.

 

Quels sont les grands noms de la comédie qui vous ont inspiré ?

 Le doyen Adjé Daniel par le passé. Et maintenant j’ajoute Bohiri Michel, Adienne Koutouan et autres.

Quelle est la place de la formation dans le métier que vous aviez choisi ?

Etant donné que le savoir est infini, la formation pour le renforcement de capacité est primordiale dans métier d’ artiste. Nous devons nous former au quotidien non seulement pour être au diapason des nouvelles méthodes dans la pratique du métier. Dans ce métier qui évolue sans cesse la place de la formation n’ est plus à démontrer.

De quelle  manière capitalisez-vous la formation reçue ?

En tant que directeur de troupe, je répercute la formation reçue sur mes acteurs. Mais bien avant cela moi-même je m’ en imprègne afin de bonifier mes prestations. Comme je le disais tantôt, l’ art est en perpétuel mutation donc nous devons nous adapter.

Quel est le premier spectacle qui vous a révélé au grand public ?

Ma participation au concours de conte télévisé « Il était une fois »

Quels sont les festivals auxquels vous avez participé ?

J’ ai été désigné  meilleur acteur de théâtre au concours de théâtre inter-école IEP Yamoussoukro en 1990.    Acteur de Théâtre au Festival National de Théâtre scolaire et   universitaire avec la Troupe du Lycée Moderne de Katiola. Festival de Daoukro  FESDA ( 1995-1996 ) avec le Croco-Théâtre. J’ ai eu le prix du meilleur conteur à l’ émission-télé ( Il était une fois ) en 2001.Du 26 janvier au 05 février j’ai  participé au concours-festival de conte « Naforoba » à Abidjan en Côte d’Ivoire. J’ ai eu le deuxième prix du meilleur conteur. Du 20 au 30 décembre 2005 j’ ai participé au festival international de conte Yelenn de Bobo-Dioulasso au Burkina-Faso.   Participation au concours culturel sur la cohésion sociale dans la région des Lacs, organisé  par le PNUD. A ce concours j’ai décroché le prix du meilleur conteur de la région. Depuis février 2010, je suis le chargé d’animation culturelle de l’Alliance franco-Ivoirienne de Yamoussoukro. Depuis 2010 je participe régulièrement au Festival International de Théâtre d’ Abidjan FITHA. En 2013 j’ ai été conteur ivoirien itinérant à la caravane internationale du conte (Abidjan-Bamako-Ouaga-Lomé) organisée par le Goethe Institut et la compagnie Naforoba.

Depuis peu vous vous consacrez au conte. Cela répond à quel besoin ?

C’est en ma qualité de promoteur de l’art que je m’ intéresse au conte qui loin d’ être un art mineur est un art essentiel dans la transmission des valeurs.

Ne pensez-vous pas que ce genre artistique est en perte de vitesse de nos jours ?

Effectivement, c’est pour cela que c’est aussi une bonne raison d’ en faire la promotion. Au vu du foisonnement de festival autour de cet art, je dois conclure que le conte n’ est pas en perte de vitesse comme l’ on veut le faire croire.

A votre niveau que faites-vous pour promouvoir le conte ?

Déjà, étant conteur, je dis des contes partout où je peux. J’organise des nuits de contes dans certains villages de la région  selon mes moyens. J’ai créé une émission-radio de conte dénommée « La voix du sage » sur les antennes de Royale FM. C’ est vous dire que notre rôle de promoteur ne saurait s’ arrêter à un festival.

Depuis trois ans le centre culturel allemand initie un festival pour valoriser le conte. Cela vous paraît-il suffisant ?
  
Non ! cela ne me paraît pas suffisant mais il faut saluer l’ initiative qui tend à maintenir allumer la flamme du conte. D’ autres acteurs doivent prendre la relève. Je pense aux conseils régionaux qui ont un rôle important à jouer dans ce domaine. Je trouve aberrant que ce soient des structures extérieures qui pensent à cela. Si tant est que la culture fait partie des priorités de nos gouvernants, ils doivent être audacieux et inventifs en la matière. La culture et le développement sont intimement liés.

Ne pensez-vous pas qu’il faille allez auprès des populations rurales lors de ce festival au lieu de rester en ville ?

Le village n’a pas de problème. C’est la ville qui est dépourvue de la valeur artistique et culturelle. Des personnes naissent et grandissent en ville, sans référence culturelle, traditionnelle et coutumière. La ville est mieux pour sauver des âmes. Parce que quand tu ne sais pas d’ où tu viens, c’est difficile de savoir où tu vas. Et quand tu ne sais où tu vas, tu n’es jamais sûr d’ arriver à destination. Il y a un travail de conscientisation dans l’ espace urbain afin que les citadins s’ approprient le conte.

Après les trois éditions du festival, pensez-vous réellement que l’opinion du public a changé vis-à-vis du conte ?
  Oui, la preuve, il y a un grand public permanent pendant les 3 jours du festival. Il repart satisfait et en redemande. Nous devrions continuer notre travail de promotion et de vulgarisation. C’ est à ce prix qu’ on obtiendra des résultats probants. Le conte est une discipline culturelle à valoriser, car c’est un grand moyen d’éducation pour notre jeunesse.

   Le fait que votre compagnie soit domiciliée à Yamoussoukro ne nous éloigne-t-il pas des grandes rencontres artistiques d’Abidjan ?

  Si, mais je dois aussi dire que tous acteurs de l’art ne peuvent pas rester à Abidjan. A l’intérieur du pays il y a aussi une demande à satisfaire.

Si vous devriez dire un mot sur la politique culture de l’Etat …
 
Tout simplement, que la promotion de la culture soit au centre  l’émergence de la Côte d’Ivoire, car « la culture est la conscience du peuple ». C’ est notre slogan au Croco-Théâtre)

Avez-vous des projets de créations ou de spectacles les mois à venir ?

Oui, sur le VIH/SIDA, la planification familiale, la Cohésion sociale, la réconciliation et la paix

Un mot pour clore l’entretien.

Union pour la culture,  pour que vive la culture, la conscience du peuple. Merci de nous donner l’ opportunité de partager notre passion au monde entier et aussi de vulgariser le métier que nous aimons le plus c’ est à dire le métier de comédien.

Loukou Raymond-Alex