Tourisme à Johannesburg: L’Apartheid au musée!

Mireille Abie | | Diaspora

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L’Afrique du Sud, c’est la première puissance économique d’Afrique. C’est un vaste pays multiracial où Blancs, Noirs, Indiens et Métis cohabitent aujourd’hui avec les mêmes droits. Mais, même si les données politiques ont aujourd’hui changé, l’Afrique du Sud c’est aussi près d’un siècle d’Apartheid. L’Apartheid est un mot en langue afrikaans qui signifie « être à part » ou tout simplement « séparation ».

C’est une politique qui a été mise en place en Afrique du Sud pour refuser des droits aux gens qui n’étaient pas blancs, permettant ainsi à la minorité blanche de garder les noirs hors de certaines régions. Cette politique a duré de 1948 à 1991. Si pour certains cette page assez sombre qui a vu pendant près de cent ans les noirs opprimés sur leurs propres terres par les blancs est à vite oublier, en Afrique du Sud on a décidé de faire droit au devoir de mémoire. Il existe donc depuis 2001 un musée de l’Apartheid !

Situé à Gold Reef City en face d’un parc d’attraction et d’un casino à mi-chemin entre la métropole de Johannesburg et Soweto, sur le High-Way qui relie la cité aurifère et le très symbolique et emblématique township, de tout temps perçu comme le cœur même de la lutte contre ce système inique d’oppression qu’a été l’Apartheid, ce musée chargé de l’histoire contemporaine de l’Afrique du Sud est une grande construction de béton au milieu d’un parc naturel. Dès l’entrée déjà le visiteur est conditionné puisque l’objectif de ce musée ce n’est pas de faire de vous un simple visiteur mais plutôt de vous faire vivre, comme si vous y étiez, toutes les émotions de cette période sombre. Vous avez donc le choix entre deux tickets : «White » ou « Non-White » ou encore « Blank » ou « Niet Blank » en Afrikaans.

En séparant l’accès à l’enceinte même du musée selon l’appartenance raciale déjà la porte d’entrée fournit un avant-goût, de ce que voulait dire « blanc» ou « non-blanc » à cette époque. Le musée est composé de 22 parties séparées qui se suivent, certaines à l’intérieur et d’autres à l’extérieur, guidant les visiteurs à travers l’histoire de l’apartheid. Il se présente sous la forme d’un parcours chronologique à travers l’histoire de l’Afrique du Sud et particulièrement sur la période allant de 1945 à 1994. On y trouve donc de très nombreux documents photos, vidéos, ainsi que des objets recueillis autour du thème central qu’est bien entendu l’Aparheid. De manière détaillée, le musée revient ainsi sur la mise en place progressive de la ségrégation raciale avant 1948, retrace le durcissement des politiques de séparation et l’impact sur les diverses populations sous l’apartheid, ainsi que les différentes phases de contestation et degrés de soulèvement jusqu’à l’abolition de l’apartheid et l’organisation des premières élections libres. On replonge dans la violence de cette époque puisque tous les symboles sont omniprésents.

Les vidéos diffusent en boucle la ségrégation, les discours racistes, le soulèvement populaire, la répression des foules, la torture, les témoignages des prisonniers. Et, pour finir, les images de la victoire. Au centre du musée trône un Casspir, le fameux camion blindé qui patrouillait dans les townships pour broyer du noir. Et dans une pièce évoquant les prisons, on peut par exemple voir cent vingt et une cordes qui descendent du plafond pour représenter les militants assassinés par la police mais dont les meurtres avaient été maquillés en suicides. On y retrouve également des photos, de petites séquence de films et ou encore de témoignages des acteurs clés de cette histoire qu’ont été entre autres Nelson Mandela, Desmond Tutu, Steve Biko, Chris Hani, ou encore P.W Botha, Hendrik Verwoerd.

Parallèlement à cette exposition, une partie annexe est plus exclusivement dédiée à la vie de Nelson Mandela. Elle retrace le parcours du jeune Mandela, de l’avocat au leader charismatique et emblématique en passant par ses années de lutte clandestine, puis à la tête de l’ANC et ses 27 ans en prison. Venir à Johannesburg, suppose donc avoir à revivre si l’on veut bien l’histoire contemporaine de l’Afrique du Sud afin de mieux comprendre l’actualité de ce pays, puisque le musée de l’apartheid est à 5 mn du centre-ville de Johannesburg. Avis donc aux touristes de passage !
L’Apartheid c’est près d’un siècle de l’histoire de l’Afrique du Sud. Une époque assez douloureuse.

Ouvert en 2001, le musée de l’Apartheid est le premier au monde à traiter de l’Afrique du Sud du XXe siècle, dont l’apartheid est une composante essentielle. Mais le chemin fut long et ardu avant d’en arriver là. En 1995, le gouvernement sud-africain lance un processus pour l’obtention de licences de casino. Les candidats à cette licence doivent démontrer leur volonté de développer le potentiel attractif de l’Afrique du Sud et faire en sorte de créer des emplois. Le consortium Akani Egoli pose une demande incluant la construction d’un musée. Le projet est validé, le Gold Reef City Casino ouvre ses portes, ainsi que le musée, avec un conseil d’administration et un budget indépendants. Couvrant entièrement la période de l’apartheid, de 1948 à 1994, l’exposition permanente a été conçue par toute une équipe de commissaires, de réalisateurs, historiens et designers. Grâce à des photos, des vidéos et des textes, les 22 espaces du musée restituent cette période d’oppression qui mérite largement un travail de mémoire.